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lundi 18 octobre 2021

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Retour sur les propositions 2014 de l’association nationale des DRH qui visent à « systématiser la collaboration entre le monde de l’entreprise et celui de l’éducation » en faveur du co-développement des jeunes et à « généraliser l’alternance comme constitutive du parcours de formation ».

 

 

Les DRH en ont envie. Le gouvernement aussi. Cependant arriveront-ils à être en phase pour éduquer et former les profils de demain ? Les propositions de 2014 de l’ANDRH, présentées lors de ses Assises nationales le 20 juin 2014, placent l’embauche des jeunes au centre des préoccupations des entreprises à l’affût, pour certaines, de candidats sur les métiers en tension. L’association demande donc au gouvernement d’œuvrer pour créer davantage de passerelles entre le monde de l’éducation et celui de l’entreprise. Pascal Bernard, directeur des ressources humaines au sein de l’Agence Régionale de Santé Ile-de-France, ouvre les débats : « Il faut systématiser la coopération entre le monde de l’éducation et les entreprises afin de favoriser leur emploi. Les enseignants doivent suivre des modules de formation sur l’entreprise et faire des stages tous les 5 ans pour les aider à mieux comprendre les évolutions du monde du travail. De même, nous préconisons que les élèves suivent un parcours de formation qui intègre les stages en entreprise afin de se familiariser très tôt avec ses codes. Les stages pourraient être évalués par des jurys mixtes et les entreprises pourraient inclure dans leur bilan social leurs résultats en termes d’accueil des jeunes. Il faudrait fusionner tous les contrats en un contrat unique d’alternance et appliquer aux trois fonctions publiques le taux de 5 % d’accueil de jeunes en alternance. Les PME doivent être également aidées dans leurs démarches administratives, grâce au soutien des CCI. » L’ANDRH est pour la généralisation de la formation par alternance qui devrait devenir, selon elle, un standard de l’éducation.

 

 

Enseignants en stage !

 

 

À la question du développement des stages pour les enseignants, Benoît Hamon, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche reste très circonspect sur l’application des demandes de l’ANDRH : « Peut-on inviter les enseignants à faire un stage en entreprise ? Il y a beaucoup d’initiatives à l’œuvre de façon éparse. » Il affirme néanmoins : « Vos propositions nous intéressent. Il faut faire sauter les barrières, essentiellement factices, car nous devons travailler différemment et mieux ensemble sur l’orientation et l’affectation des jeunes. Nous sommes favorables à la formation par alternance et nous avons 22 000 professeurs stagiaires depuis 2013. Un module est à l’heure actuelle en préparation pour qu’ils possèdent des connaissances élémentaires sur l’entreprise. Par ailleurs, les élèves ont la possibilité dès la classe de 5e de suivre un parcours individuel de formation et d’information afin de connaître les débouchés des enseignements et disciplines suivis. Nous avons voulu encadrer les stages pour donner davantage de droits aux élèves. Le développement généralisé de l’alternance est le fruit d’une maturité progressive. Ma priorité est la filière professionnelle. Ces formations sont directement associées au métier des jeunes et intègrent une notion de client/qualité du service rendu. On constate parfois un décalage entre les formations et les attentes branches professionnelles et il faut plus grande réactivité en ce qui concerne la réadaptation des diplômes aux besoins des métiers concernés. Il faut réfléchir en termes de blocs de compétences communs entre les différentes formations. » Pour Jean-Christophe Sciberras, se limiter aux filières professionnelles en matière d’alternance n’est pas suffisant. Le président de l’ANDRH souligne : « Il faut également changer les enseignements de l’économie. Les cours dispensés à l’école se focalisent sur la macro-économie et les élèves ne possèdent pas d’approche micro-économique. »

 

 

Vers un bouleversement total du système éducatif ?

 

 

Benoît Hamon renchérit sur le fait qu’il faut effectivement développer « l’esprit d’initiative des jeunes, leur capacité d’entreprendre, de coopérer, de rechercher et de hiérarchiser l’information», « détecter et révéler les capacités des jeunes à porter des projets ou participer à un projet collectif ». Certes. Or, depuis la création de l’école, la classe n’a pas évolué. L’enseignant derrière son bureau, les élèves en face, écoutent les leçons. L’école est de plus en plus éloignée d’un monde économique en pleine mouvance dans lequel les capacités de remise en question et d’agilité sont devenues primordiales pour s’en sortir. L’entreprise a bien compris qu’elle devait changer et s’ouvrir de façon perpétuelle à de nouvelles méthodes d’apprentissage et de management. Le travail y est aujourd’hui de plus en plus abordé différemment : mise en place d’espaces ou de réseaux collaboratifs, évolution de la formation avec notamment les MOOCs ( Massive Open Online Courses), développement du travail à distance, organisation de fab labs internes ou d’ateliers qui favorisent l’innovation et la créativité …

Comment comprendre la course folle de l’entreprise si ce n’est par l’immersion ? Les DRH ont la solution : Jean-Christophe Sciberras, président de l’ANDRH, parle de « faire de l’alternance un fondement de cette dynamique » car l’entreprise est un « lieu de construction et d’orientation ».

 

 

Il devient urgent d’arrêter le gâchis

 

 

En France, les nouvelles générations qui ne possèdent pas les compétences ou les diplômes suffisants restent souvent sur le carreau. Le taux de chômage des moins de 25 ans, y est de près de 26% et touche principalement les non-diplômés. Les plus diplômés, désabusés, quittent la France, de plus en plus nombreux. Le chômage qui les frappe, le peu d’évolution de carrière et de rémunération satisfaisante et la morosité ambiante ont eu raison des derniers élans d’une jeunesse souvent caractérisée par un optimisme et une volonté de s’accomplir. Nos ingénieurs ont su tirer profit de la course aux talents mondiale pour trouver de nouvelles opportunités en Asie. La Suisse, le Royaume-Uni et les Etats-Unis sont des destinations plébiscitées par l’ensemble de nos jeunes diplômés. Pour arrêter ce gâchis et cette hémorragie, il va bien falloir que la construction de l’avenir des jeunes se fasse collectivement en impliquant différemment tous les acteurs. Le président de l’ANDRH reste confiant : « Quand on fait des propositions, on n’attend pas de réponses rapides. Nous mettons en place un travail de fond. L’Institut de l’entreprise accueille les professeurs. Nous, DRH, sommes prêts à rapprocher les deux mondes afin de favoriser l’emploi des jeunes. La méfiance vis-vis de l’entreprise se transpose sur le dialogue social. S’il y avait plus d’alternants dans l’entreprise, cela aurait un effet d’amortisseur pendant les périodes de crise. » Le message est entendu.

 

 

Christel Lambolez

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