Le Top Employers Institute est un organisme de certification indépendant international qui reconnaît les meilleures pratiques RH des organisations. Quelles sont les tendances RH qui s’affirment en 2019 ?

Nous observons depuis quelques années un renforcement de l’alignement des RH sur la stratégie de l’entreprise. Il s’agit d’une tendance forte qui s’affirme en 2019. Les RH ont envie de se rapprocher du business : 90% des entreprises certifiées Top Employers prennent en compte l’impact de leur stratégie sur les ressources humaines et près de la moitié des entreprises certifiées impliquent de nos jours les collaborateurs dans la définition des process et des solutions RH proposées.

Une deuxième tendance : le développement d’une culture de la transparence. Dans un environnement complexe, volatil, incertain et ambigu – on parle d’ailleurs de « VUCA world » pour « volatility, uncertainly, complexity and ambiguity » – , les entreprises cherchent à mieux informer les collaborateurs sur leur stratégie afin de les rassurer. Beaucoup de discours anxiogènes sur la disparition des métiers ou du remplacement de l’homme par la machine se diffusent sur le Web. Les entreprises cherchent par conséquent à mieux informer sur la planification des effectifs, l’organisation du travail et l’évolution de leurs métiers.

Aujourd’hui 75% des Top employers informent sur l’évolution de la stratégie et les politiques RH en matière de recrutement, de formation, de développement des compétences, d’opportunités de progression de carrière ou encore de mobilité. La transparence est de mise également pour tout ce qui concerne les politiques salariales avec des précisions sur les parts variables indexées sur des indicateurs objectifs.

Les RH n’hésitent pas non plus à solliciter les collaborateurs pour qu’ils donnent leur avis sur les politiques ou offres RH en interne afin d’obtenir un meilleur feedback et d’ajuster leur communication au plus près des besoins. Les enquêtes d’engagement se multiplient et les résultats sont affichés. Les entreprises ont également mis en place les « pulse survey », enquêtes flash, afin de prendre la température plus vite sur une actualité ou un événement de l’entreprise et de réajuster la communication voire d’ajuster les pratiques elles-mêmes si besoin.

En matière de transformation, les RH jouent-elles un rôle déterminant ?

On a vu en 2019 une troisième tendance émerger fortement : le « Talent Acquisition », nerf de la guerre aujourd’hui pour assurer la pérennité d’une entreprise et l’aider à se transformer. Il y a une nécessité d’accélérer la transformation et les DRH doivent l’accompagner en recrutant mieux et plus rapidement les profils dont ils ont besoin pour anticiper le futur.

Pour cela, ils doivent mieux utiliser les nouvelles modalités de recrutement en y intégrant des techniques de marketing. Certaines entreprises mettent en place des actions iconoclastes à l’instar du groupe Orange Belgique qui embauche depuis mars via le réseau de rencontres Tinder ! Ils se sont rendus compte que cela pouvait être un bon moyen d’approcher la cible des Millennials.

On voit également se diffuser massivement les entretiens vidéos (40% des entreprises Top Employers) pour la pré-sélection à l’embauche toujours avec l’objectif d’accélérer le processus de recrutement. Les Chatbots commencent également à arriver : 10% des entreprises Top Employers y ont déjà recours.

Les RH interviennent également pour faciliter l’ « Onboarding » voire le « pré-boarding » des équipes. Il faut développer l’expérience candidat afin qu’il se sente à l’aide instantanément et de l’impliquer très tôt dans l’entreprise. Les entreprises tissent des liens étroits bien avant l’intégration et pendant les premiers mois car il faut s’assurer que le candidat ne changera pas d’avis et rejoindra bien l’entreprise à l’issue de son préavis qui est de 3 mois en France ! Toute une panoplie d’outils (site web, emails, communication apps via Smatphone, etc) est utilisée pour garder le contact et expliquer l’ADN et la vie de l’entreprise. Les plateformes de pré-boarding se développent fortement à l’heure actuelle.

Les RH accélèrent donc la transformation en rendant les collaborateurs immédiatement intégrés et opérationnels. Cette politique va se poursuivre dans le temps grâce aux actions de formation « Just in time » et en aidant les apprenants en les mettant en situation de travail. On constate la généralisation du « mobile learning » : 65% des entreprises utilisent des applications dédiées. Les outils d’analyse et de mesure se développent également afin d’obtenir un feedback permanent sur la progression des collaborateurs. 

Pensez-vous que la fonction RH puisse délivrer à l’heure actuelle des indicateurs de performance fiables ?

Je peux dire que 56% des Top employers ont traduit la stratégie RH en KPI (key performance indicator). La fonction RH doit aujourd’hui démontrer son efficacité mais elle manque encore d’outils d’analyse car ses actions ne sont pas toujours mesurables. Les KPI ne sont donc pas toujours très pertinents. En matière de formation par exemple, on va mesurer le nombre d’heures de formation réalisées mais il serait intéressant de montrer quelles sont les nouvelles compétences ou connaissances qui ont été acquises contribuant au succès de la stratégie d’entreprise. On mesure à l’heure actuelle plus les moyens mis en œuvre que les résultats obtenus.

En France, nous gardons encore d’anciens réflexes en nous basant plus sur des indicateurs financiers que sur des indicateurs business. Du coup, la formation est encore perçue comme un coût alors qu’elle représente un investissement pour assurer la performance d’une organisation. Les enjeux en matière de développement des compétences deviennent de plus en plus importants.

Peut-on dire que les environnements de travail sont en pleine révolution aussi ?

Les nouvelles générations sont très demandeuses de flexibilité au travail. On constate qu’elles s’opposent au droit à la déconnexion car elles veulent pouvoir user de leur temps comme elles le souhaitent et travailler quand cela les arrange.

La tendance est au développement du flex office : les postes de travail sont en libre-service dans des espaces de bureaux partagés et connectés. La digitalisation et la flexibilité des lieux de travail remettent peu à peu en question les modèles classiques d’organisation du travail. Le Remote working se développe également ; le groupe Saint-Gobain a par exemple mis en place des salles de travail sur tout le territoire pour les salariés de l’ensemble des filiales.

Aujourd’hui, les salariés doivent avoir l’opportunité de travailler où ils veulent et quand ils veulent. Cela demande un réel accompagnement au changement en matière de management notamment pour encadrer les nouvelles formes de travail à distance.

Propos recueillis par Christel Lambolez

 

 

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