Godefroy de Bentzmann, co-Président de Devoteam (ESN), a été élu président du Syntec Numérique en 2016. Il partage son analyse sur les nouveaux enjeux des organisations.

Pouvez-vous nous rappeler brièvement le parcours qui vous a amené à la présidence de Syntec numérique ?

Nous avons créé Devoteam en 1995 avec mon frère Stanislas de Bentzmann en profitant des évolutions du monde des télécoms avec la dérégulation du marché français et de la révolution technologique IP. Aujourd’hui, nous adressons la transformation numérique des organisations grâce aux nouvelles technologies. J’ai contribué tout le long de ma carrière au déploiement de l’industrie numérique, notamment au sein de Syntec Numérique en tant qu’administrateur et vice-président et j’en suis devenu le président en 2016.

Quels sont les enjeux auxquels se confronte aujourd’hui l’Industrie numérique ?

Nous vivons une pénurie de compétences et nous devons tout mettre en œuvre pour renforcer notre attractivité. Les métiers deviennent massivement numériques. Les entreprises membres du Syntec numérique représentent 80% du chiffre d’affaires du secteur et emploient environ 450 000 personnes. Chaque année, nous créons des milliers d’emplois.
Toutes les entreprises doivent à l’heure actuelle mener de profondes réflexions autour des nouveaux business modèles inhérents aux nouvelles technologies. Nous avons de nombreux défis à relever en matière de formation et de transformation des métiers mais également de féminisation de la filière pour avoir les ressources suffisantes pour accompagner les entreprises dans leur transformation. Syntec Numérique œuvre depuis de nombreuses années en faveur de la mixité, au travers du programme « Femmes du numérique », du « Trophée Excellencia » ou encore du collectif Femmes @Numérique. On compte seulement 14,5 % de femmes parmi ingénieurs du numérique.

Vous militez pour une plus grande anticipation des entreprises en besoin de compétences et pour une reconversion massive des salariés. Pourquoi ?

Aujourd’hui, tous les secteurs d’activité sont concernés par l’évolution des compétences de leurs collaborateurs vers les métiers numériques et ils doivent anticiper les futurs besoins en recrutement. Il va y avoir de plus en plus de mobilité d’un secteur d’activité à l’autre. Les Français vont être amenés à travailler dans des métiers différents au cours de leur vie professionnelle. Il faut vivre la révolution numérique comme une chance inouïe de saisir de nouvelles opportunités, de changer de voie, voire de vie.
Si les entreprises n’anticipent pas assez leurs besoins en matière de compétences, le risque est de détruire de nombreux emplois. Ce sont les autres pays compétiteurs qui vont alors saisir ces opportunités. Nous touchons là un problème mondial. Au fur et à mesure de la remise en question de leur business modèle, les entreprises vont devoir se positionner en fonction de leur stratégie, choisir les activités dont elles voudront se défaire et celles qu’elles voudront créer. Ce n’est pas en gardant tout le monde qu’elles vont survivre mais en opérant des choix stratégiques. Des métiers vont disparaître mais d’autres vont émerger. Il faut favoriser la fluidité du marché de l’emploi et la montée en compétences digitales de l’ensemble des actifs. Il est important pour les entreprises d’anticiper car elles sont entourées de nombreuses start-up qui développent de nouveaux modèles, ont des idées et une vision du futur de leur métier.

Comment faciliter l’évolution des individus ou la création de nouveaux métiers ?

En repensant le modèle de formation professionnelle. On voit à l’heure actuelle de nombreuses initiatives de services de la part d’entrepreneurs pour accompagner les transformations. Il a des volumes importants de personnes à reconvertir et les entreprises doivent pouvoir bénéficier d’outils pour opérer une reconversion massive. Les écoles et universités ne suffiront pas à répondre aux besoins actuels. Au delà d’une transversalité des compétences, il faut créer des ponts, des autoroutes même, destinés à faciliter le changement de carrière. Il va y avoir des transferts de métiers. Par exemple, la santé connectée va détruire des emplois de médecins mais il va y avoir de nombreux besoins en matière de soins et de suivi des patients.

Quel va être l’impact du Règlement général sur la protection des données (RGPD) sur l’Industrie du numérique ?

Il est la pierre angulaire qui va permettre d’obtenir une confiance généralisée envers le numérique au niveau mondial. Les pays européens vont imposer ce règlement général sur la protection des données à leurs fournisseurs et cela va avoir un effet boule de neige. Les individus ne supportent plus d’être espionnés et de voir leurs données exploitées par les entreprises à des fins lucratives. Cette nouvelle règlementation va dans le bon sens.

Comment voyez-vous l’évolution du métier de DRH ?

Il est investi d’un nouveau rôle stratégique mais il ne pourra pas accompagner les changements tout seul. Il est stratégique car en mesure d’opérer une synthèse entre le passé et l’avenir afin d’inventer de nouveaux modèles et accompagner les changements culturels. Les DRH vont devoir créer des écosystèmes de valeurs sans couture en revisitant les modèles managériaux. Ils doivent faire face à un chantier faramineux et sont peu aidés à l’heure actuelle car leur nouveau rôle n’a pas bien été défini.

Propos recueillis par Christel Lambolez

 

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