Jobsféric a rencontré KOEO et son fondateur/animateur Jean-Michel Pasquier, pour mettre en perspective et surtout tirer un bilan de la mise en place du mécénat de compétences dans les organisations, entreprises mais aussi administrations. Pionnier dans son domaine, l’acteur voit sur le terrain une émergence prometteuse de la dynamique dans les nouvelles stratégies RH et RSE !

 

JobsfericVous avez lancé votre structure KOEO, acteur de l’ESS, dès 2009, pour accompagner les entreprises dans leur démarche de mécénat de compétences. Quel était alors le contexte ?

KOEO – Oui nous fêtons cette année nos 10 ans, et c’est vrai que 10 ans à l’échelle du mécénat de compétences, c’est presque comme parler de l’ère des dinosaures ! L’écosystème était pratiquement inexistant, et surtout le principe même du don d’expertise de collaborateurs, pendant leur temps de travail, était absolument méconnu aussi bien par les entreprises… que par les associations ! C’est d’ailleurs ce qui nous a motivé à créer le premier acteur d’intermédiation du dispositif, pour faire se rencontrer les uns et les autres ! Il a fallu prendre son bâton de pélerin et aller voir les rares acteurs déjà engagés (Vélia, Vinci, SFR, par exemple), les grands réseaux associatifs, et construire à partir des besoins latents une offre très opérationnelle d’accompagnement.

On a eu la chance d’avoir dès 2009 une double intuition  :

  • La 1ère a été d’adresser la valeur ajoutée du mécénat de compétences au travers de bénéfices RH directement compréhensibles par les DRH qui étaient et restent majoritairement notre porte d’entrée : la marque employeur (nouveaux entrants), la mobilité ponctuelle (intercontrats, transition pro), l’accompagnement de fin de carrière (seniors) notamment. Puis se sont agrégés au fil des ans d’autres enjeux : la RSE principalement, et des items connexes (la QVT, le bien-être au travail, l’intrapreneuriat).
  • La 2e a été de croire également dès le début à la pertinence de l’outil numérique pour rationnaliser et optimiser à la fois le matching/sourcing de missions de mécénat de compétences mais aussi leur suivi administratif et d’impact. Là, on a été complétement en dehors de toute réalité des usages, donc nous n’avons pratiquement eu aucun client sur cette offre ! En revanche, ça nous a permis d’apprendre, d’apprendre, d’agréger de l’expérience « outil » en l’utilisant pour notre propre compte !

JobsfericQuelles évolutions principales voyez vous en terme de perception du mécénat de compétences par les entreprises comme par les associations ?

KOEO – On dit souvent que les crises ont toujours des vertus, et c’est vrai : côté associations, la baisse constante des subventions publiques a changé fortement la mentalité de leurs responsables en les faisant s’ouvrir de façon plus pragmatique vers le secteur marchand, donc en mettant en lumière la force de tel partenariats dont le mécénat est le moteur central. Côté entreprises, la défiance des nouvelles générations de collaborateurs demande une nouvelle approche de confiance : il faut maintenant passer à un rôle plus citoyen en s’ouvrant vers les acteurs de l’intérêt général. Les uns et les autres ont tous tellement à s’apporter, c’est énorme !

En tant qu’acteur privilégié du dispositif, on a vraiment ressenti un gros virage vers 2012/13 : des entreprises commencent alors à nous solliciter alors qu’on courrait après jusqu’à présent ! C’est la période des premiers gros pilotes, souvent initiés par de simples journées solidaires, comme « portes d’entrée » à l’engagement solidaire des collaborateurs.

Puis année après année, la RSE élargi le seul domaine du développement durable et des enjeux environnementaux, pour s’étendre aux enjeux sociétaux : le mécénat de compétences commence alors à prendre sa place dans la panoplie d’outils RSE. On le répète tout le temps chez KOEO, mais c’est une réalité : le mécénat de compétences c’est mettre des RH dans la RSE et de la RSE dans les RH des organisations !

JobsfericDes tendances pour aujourd’hui et demain, par rapport au mécénat de compétences ?

KOEO – J’en vois 3.

  • La 1ère concerne la typologie des missions : on s’axe de plus en plus vers des missions ultracourtes, comme nos missions flash (1/2 à 1 J), ou très longues (2 ans) avec l’accompagnement senior, avec plus de difficulté à adresser des missions de taille intermédiaire (3 à 15 jours) compte tenu de métiers de plus en plus en tension.
  • La 2de est la maturité des outils numériques pour accompagner le mécénat de compétences : on entre aujourd’hui dans des volumétries de missions dans les entreprises qui nécessitent ce type d’outils, et nous nous en réjouissons. D’autre part, le suivi et le cadrage de mission a besoin d’être très rigoureux : la force de l’outil numérique est de s’occuper des tâches ingrates et d’agréger les informations nécessaires au bilan d’impact, aux process et aux interactions des parties prenantes.
  • La dernière est ce que j’appellerais l’ingénierie du mécénat de compétences : il faut innover et construire des solutions inédites autour de ce formidable outil d’échange et de rencontre sur nos territoires, comme on est en train de le faire avec l’expérimentation locale qu’on mène avec Sceaux, Villeurbanne, Est Ensemble ou Mulhouse en associant de façon opérationnelle les collectivités locales à la démarche.

Pour résumer, on peut réalistement affirmer que le mécénat de compétences n’en est qu’à ses débuts en France, et c’est pour cela qu’il est vital de préserver son cadre législatif et fiscal : c’est l’avenir du vivre ensemble, des enjeux de l’intérêt général et des entreprises qu’on peut améliorer, chaque jour, par des petites actions locales qui s’additionnent les unes aux autres !

 

https://www.koeo.net/

 

KOEO est membre du Lab RH.

 

 

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