La gestion de la paie est une fonction aussi vieille que les ressources humaines. Mais à l’instar du monde de l’entreprise, elle évolue à toute vitesse et le besoin en profils compétents se fait sentir. « Entre 2018 et 2019, nous avons observé une hausse de 20 % d’opportunités sur le poste de gestionnaire de paie, illustre Stéphanie Correia, managing consultant de la division ressources humaines et paie de Walters People. En moyenne, pour chaque bon gestionnaire de paie, nous pouvons offrir cinq à six postes. » Cette recrudescence d’opportunités s’explique par le fait que la fonction devient de plus en plus technique : une partie des tâches s’automatise et il faut savoir maîtriser différents outils et logiciels. La fonction évolue aussi au gré des changements sociaux et politiques. « Avec le prélèvement à la source et la déclaration sociale à vérifier, la tâche de contrôle devient cruciale, poursuit la spécialiste. Le métier consiste pour beaucoup à regarder s’il n’y a pas d’anomalie et exige beaucoup de rigueur. »

 

Un métier toujours plus complexe

 

Le contenu de la fonction varie beaucoup d’une entreprise à l’autre en fonction du degré d’externalisation, s’il y en a, et du nombre de personnes travaillant sur la paye « Plus la structure est grande et moins votre travail est diversifié, explique Saïd Bouaouda, gestionnaire de paie pour une entreprise de transport*. Différents salariés sont alors attitrés à des tâches spécifiques : congés, planning, primes… » Néanmoins, le sérieux et la rigueur exigés sont les mêmes partout du fait de la complexité croissante de la fonction.

« Le métier est toujours le même : il faut analyser ce qu’a fait le salarié en fonction de son emploi pour calculer sa paye, mais il devient de plus technique, reconnaît Sébastien Laboutade, directeur des ressources humaines du groupe Ourry, spécialiste du transport des déchets. Il a fallu défiscaliser les heures supplémentaires sous Sarkozy, puis cette décision a été revue et on a eu affaire à un changement à 360 degré. Il a fallu s’adapter au 35 heures, mettre en place la RTT, le bulletin clarifié… A chaque nouveauté, il faut une formation pour s’approprier les nouveaux logiciels. Le gestionnaire de paie doit tout le temps être en veille pour s’adapter à toutes les modifications sociales et politiques, vérifier que les pourcentages appliqués sont les bons… » Un exemple parmi d’autres, la déclaration sociale nominative a demandé une réadaptation du métier et l’intégration de nouveaux logiciels. « Ces nouveautés relèvent surtout de la technique, elles ont surtout changé la façon de faire, estime toutefois Sébastien Laboudate. L’introduction de la RGPD a quant à elle changé la façon de penser : il faut désormais dire aux salariés j’ai tels éléments qui vous concernent, je m’en sers de cette façon, c’est un tel uniquement qui pourra les utiliser… »

 

Pédagogie

 

La technicité et le stress engendrés par la fonction peuvent avoir tendance à repousser les futurs actifs, d’où la pénurie de profils compétents. « Le gestionnaire de paie n’a pas le droit à l’erreur, poursuit Sébastien Laboutade. A chaque fin de mois, son travail fait face à un jury : les salariés qui reçoivent leur bulletin de salaire. Même s’il fait très attention, il n’est pas à l’abri d’un oubli à cause des variables de type notes de frais, arrêts maladie avec décalage de prise en charge… » Cela dit, le métier comporte aussi une grande part d’humain, ce qui n’est pas forcément connu. Parce qu’il traite de la donnée très sensible que représente le salaire, le gestionnaire de paie doit faire preuve de pédagogie, et ce depuis que le métier existe. « Il doit se montrer à l’écoute des salariés, les conseiller et expliquer ce qu’ils ne comprennent pas sur leur bulletin de salaire, rappelle Stéphanie Correia. Si un salarié veut faire une démarche administrative ou veut obtenir des aides pour le logement, par exemple, c’est lui qui devra les orienter. » Cet aspect est d’ailleurs un des points forts du métier, et mériterait d’être mieux connu, selon la consultante. « On a tendance à imaginer que les personnes passent leur journée dernière un ordinateur, mais ce n’est pas forcément le cas. Le rapport humain est vraiment très important. »

 

Chloé Goudenhooft

 

 

* L’entreprise a voulu rester anonyme.

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