Dans son dernier ouvrage « Transformation, RH & Digital », Patrick Storhaye explique les mécanismes de la transformation, les difficultés auxquelles est confrontée la fonction RH, et le rôle du digital pour l’aider dans sa mission.

Pourquoi avoir décidé de remettre en perspective dans votre ouvrage les RH avec la transformation digitale?

La digitalisation a pris une allure de phénomène de mode et les discours ambiants ont besoin d’un peu de clarté pédagogique afin de mieux comprendre les véritables causes du besoin de se transformer. Notre modèle de développement a conduit à un type d’organisation destinée à améliorer sans cesse la productivité. Le contexte a changé puisque la brutalité de la compétition mondiale nous impose aujourd’hui de devenir davantage agiles pour faire face à la concurrence en innovant à la fois en termes de nouveaux services et produits mais aussi de productivité. S’adapter rapidement à un marché exigeant et fluctuant est une condition de survie.
On voit beaucoup de confusion à l’heure actuelle sur la remise en question de nos modèles. Certains fervents défenseurs de l’entreprise libérée par exemple oublient un peu vite ce à quoi ressemblait le management d’avant les années 90 et son évolution en partie induite par un excès de financiarisation des entreprises.

La fonction RH doit s’imposer dans cette transformation digitale et comment peut-elle aujourd’hui se positionner de façon crédible et pertinente ?

La fonction RH dispose là d’une fenêtre de tir car le principal enjeu des entreprises relève du capital humain. Elle a trop longtemps délaissé le terrain de l’organisation, au profit des directions financières ou informatiques. Aujourd’hui, il lui revient de favoriser la coopération et l’émergence d’une intelligence collective, seule manière d’affronter les mutations actuelles.
De tout temps, on a vu apparaître des envolées technologiques qui promettaient de favoriser la coopération entre les individus. Le Knowledge management en est un bon exemple. Ses limites ont prouvé une fois encore que la coopération dépendait d’abord des comportements humains dans l’entreprise.
Le « Digital » ne va pas malheureusement pas être suffisant à lui seul pour changer les comportements s’il n’est pas accompagné d’une évolution des mentalités. Nous n’avons jamais pu prouver que nous savions coopérer. Il est vrai que, depuis peu, quelques signes positifs apparaissent au sein de la société civile, qui essaye de s’organiser pour trouver des solutions innovantes de partage et de collaboration, notamment pour consommer mieux ou développer la participation citoyenne aux grands débats. Attention toutefois à la démagogie.

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