Vous venez de publier « L’apocalypse numérique n’aura pas lieu ». Comment analysez-vous la déferlante numérique et tous les risques qu’elle comporte?

J’ai pour ma part une vision très positive de la révolution numérique à condition, bien entendu, que l’on s’y prépare en éduquant et en formant. Le numérique s’immisce partout dans notre société et si nous voulons des citoyens responsables, qui maîtrisent la gestion et la protection de leurs données, il faut qu’ils aient un bagage et une compréhension des enjeux digitaux. Les usages se multiplient sans qu’ils ne soient conscients des dangers liés à l’exploitation de leurs informations personnelles. Lorsque l’on connaît bien un sujet, on a moins tendance à le diaboliser et on peut s’en saisir comme une nouvelle opportunité de développement ou de croissance. Trop de discours tournent de nos jours autour de l’emprise des GAFA, perçus comme le Big Brother de la société. Cela génère beaucoup d’anxiété au sein de la population, comme cela avait été le cas il y a 40 ans avec les avancées technologiques d’IBM!
Or, le numérique peut être facteur de démocratie et d’humanités supplémentaires. Il nous permet d’améliorer le quotidien. J’aborde dans mon ouvrage les apports qu’il peut avoir en matière de services pour le travail, les entreprises, l’éducation mais également l’intégration, la santé et le cadre de vie ou encore l’efficacité publique.
Nous avons aujourd’hui l’opportunité d’améliorer les fonctionnements de notre société, en soignant par exemple les personnes à distance ou en favorisant l’accès aux savoirs à des populations éloignées des grandes villes et des universités.

Quels sont les dangers d’une approche trop pessimiste de l’apport du numérique ?

Le risque est de condamner le futur. Les entreprises du numérique ont besoin à l’heure actuelle de 50 000 spécialistes et les besoins en compétences de toutes les entreprises vont s’accélérer.
Il faut mettre en place des actions de formation, et ce de la maternelle au doctorat, car nos besoins en termes de compétences sont aujourd’hui colossaux. Tous les métiers sont impactés par le numérique et ce n’est pas faute de voir de nombreux articles à ce sujet.

Les principales craintes de voir disparaître de nombreux métiers ne sont-elles pas fondées?

Nous avons 7 millions de chômeurs et le seul moyen de résorber le chômage drastiquement et sur le long terme est de réinventer notre société. La robotisation fait peur mais les pays qui possèdent le plus de robots, à l’instar de la Corée du sud, ont un faible taux de chômage. De nombreux détracteurs entretiennent les fantasmes autour des robots destructeurs d’emplois et décrédibilisent les avancées technologiques qui contribuent à diminuer la pénibilité au travail en repositionnant l’humain sur des activités à plus forte valeur ajoutée de créativité et de contrôle.
Supprimer des emplois ne signifie pas que l’on ne va pas s’occuper des employés. Les emplois condamnés vont disparaître et on ne se sera pas occupés des emplois du futur ! Il faut savoir que 85% des emplois de 2030 n’existent pas encore selon l’étude de l’Institute for the Future de Dell « Emerging Technologies’ Impact on Society & Work in 2030 ».

Comment voyez-vous l’avenir des entreprises en écosystèmes ouverts ?

Il va falloir changer les codes et les règles de fonctionnement des organisations. Nous assistons à l’avènement des freelances, des autoentrepreneurs, des slashers (actifs qui cumulent plusieurs postes), ou encore des « job-zappeurs ».
Il est évident que le numérique réinvente notre rapport au travail et à l’emploi. Le temps de travail et le lieu où il s’exerce n’ont plus aucun sens aujourd’hui. Au lieu d’essayer d’appliquer un code du travail désuet, issu de la révolution industrielle, nous devons réinventer le contrat social. C’est le changement qui fait peur et rencontre de nombreuses crispations. Il ne s’agit pas que cela soit la jungle et je défends fermement le fait qu’il faut un cadre social, fiscal et juridique adapté à cette révolution sociétale.
Il va falloir rester attentifs afin de ne pas créer une fracture numérique. Il faut savoir qu’à l’heure actuelle 13 millions de Français sont exclus de cette numérisation de l’économie car ils n’ont pas accès à Internet. Il aurait fallu mettre en place un plan massif pour l’éducation. Nous sommes en retard. Le CAPES informatique vient d’être créé et le coding se développe à peine l’école. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser des citoyens s’exclure de ce nouveau monde.

 

Propos recueillis par Christel Lambolez

 

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