Qu’est ce qu’un entrepreneur… ? Ce dénominatif serait-il réservé aux seules personnes qui créent leur boîte ou est-il envisageable d’étendre le concept aux hommes et aux femmes qui « entreprennent » hors du champ de la création d’entreprise ? Un étudiant qui entreprend de parcourir le globe durant un an, une mère de famille qui décide de créer une association en faveur des plus démunis ou bien encore ce cadre supérieur qui s’entraine sans relâche pour battre son précédent record au marathon ne sont-ils pas, finalement, des entrepreneurs ? Lorsque l’on étend la notion d’entreprise à « tout projet qui induit de passer de l’idée à l’action en mobilisant diverses ressources » il n’est pas illogique de considérer que toute personne qui s’inscrit dans un tel schéma mérite ce qualificatif d’entrepreneur. Dans le cadre des organisations, on parle alors d’intrapreneur : celui qui entreprend en interne. Et il s’agit là d’une denrée précieuse ! Car oui, les intrapreneurs sont ceux et celles par qui vient le changement. Leur attitude résolument proactive ainsi que leur capacité à fédérer un collectif comme le ferait un patron de startup en font des profils appréciés… mais rares. Les organisations doivent-elles alors se résoudre à capitaliser sur les quelques pépites identifiées comme telles ou est-il possible d’insuffler de manière plus globale ce facteur différenciant à forte valeur ajoutée qu’est l’esprit entrepreneurial ? Voici trois pistes qui permettent de stimuler celui-ci en interne.

Travaillez sur le « WHY »

« People don’t buy what you do ; people buy why you do it ». C’est par cette phrase clé prononcée lors de la conférence TED « How great leaders inspire action » que Simon Sinek parvient à faire passer une idée capitale. Selon sa théorie, la meilleure manière d’inspirer les individus consiste à leur vendre la raison pour laquelle vous faites ce que vous faites. Autrement dit, si vous souhaitez que les hommes et les femmes qui constituent la ressource Humaine de votre organisation adhèrent au projet d’entreprise et déploient toute leur énergie au service de celle-ci, il vous faudra communiquer non pas sur les objectifs mais sur la VISION. Tout le monde est capable de dire ce que vend Apple : des smartphones, des ordinateurs, des tablettes, des lecteurs mp3 et, depuis peu, des montres connectées. Pourtant, aucun de ces produits ne connaitrait le succès commercial actuel s’il n’y avait cet ingrédient clé qui inspire à l’action : la vision. Apple croit profondément qu’en toute chose, il faut challenger le statut quo. Steve Jobs voulait créer des objets « qui se situent au carrefour de l’art et de la technologie ». Ici, la vision du créateur est suffisamment puissante et claire pour contaminer les cerveaux des clients ainsi que ceux des collaborateurs de la firme. La vision inspire l’action car elle fournit un SENS. L’être Humain ne mobilise pleinement son énergie psychique et émotionnelle qu’à partir du moment où le sens du projet est évident. Et assez fort pour transcender l’individu. Les profils intrapreneuriaux éclosent d’autant plus naturellement que la vision est limpide et qu’ils peuvent y adhérer. A l’inverse, le déficit ou la perte de sens étouffe les schémas comportementaux entreprenants et provoque des attitudes proches de l’inertie. Voire, dans les cas extrêmes, de l’apathie.

Alimentez le sentiment d’autonomie

Un intrapreneur est d’abord quelqu’un qui adopte une attitude entreprenante. Quelqu’un qui se comporte de manière proactive, créative, audacieuse, énergique, confiante ou bien encore intuitive. L’intelligence émotionnelle nous éclaire sur le fait que tout comportement obéit à une logique souvent inconsciente. Les émotions, sentiments et humeurs qui nous animent s’avèrent déterminants en matière de schémas comportementaux. En ce qui concerne l’intrapreneuriat, le sentiment d’autonomie revêt un rôle capital. Si vos collaborateurs ont tendance à évoluer dans un cadre trop rigide qui bride leurs libertés et que leur écosystème professionnel alimente un sentiment d’infériorité, de subordination voire d’oppression, il vous sera alors très difficile d’encourager des postures entreprenantes. Un intrapreneur à besoin d’espace pour exister. Espace physique avec la liberté de mouvement. Espace mental avec une souplesse décisionnaire optimisée. Espace émotionnel avec une politique efficace de prévention des RPS pour éviter le carcan du stress. Ce confort spatial est proportionnel au degré de confiance manifesté par l’employeur à l’égard de ses employés. A titre d’exemple, le célèbre patron de Virgin Richard Branson vient de prôner, à l’instar de la société Netflix, le droit pour les employés de s’absenter quand et aussi longtemps ils le souhaitent. Radical !

Ne communiquez pas sur vos valeurs. Incarnez-les !

Tout le monde s’accorde à dire qu’il est primordial pour une organisation d’avoir des valeurs. Il faut les afficher, les mentionner sur les supports web, en parler dans la presse… Bref, avoir des valeurs semble passer par le fait de communiquer sur celles-ci. Que nenni ! Placarder ses valeurs ne les rend pas obligatoirement vivaces au sein de l’organisation. Une valeur est d’abord une idée. Une idée à laquelle les hommes et femmes peuvent adhérer. Une idée que l’entreprise entend propager d’une part au sein de sa ressource Humaine et d’autre part auprès des personnes extérieures à l’organisation (clients, fournisseurs, futures recrues, grand public…). La valeur « fun » par exemple, est un des fondements de l’entreprise Michel et Augustin. Cela évoque l’idée de relations interpersonnelles moins formelles, plus détendues et vraisemblablement régies par l’humour et le tutoiement. Plus que le mot, ce qui compte ici est l’incarnation du concept. Une valeur n’existe que si elle trouve un écho concret parmi les comportements organisationnels. En matière d’intrapreneuriat, cet écosystème de valeurs va jouer un rôle décisif. L’esprit entrepreneurial ne peut pas germer correctement si les différentes idées que votre organisation entend propager demeurent de simples coquilles vides dénuées de concrétude. Chacune d’entre elle, qu’il s’agisse de confiance, d’autonomie, d’exigence ou bien encore de créativité doit trouver ses fondements dans la façon même dont fonctionne votre organisation au quotidien. Prôner la valeur courage est un bon début. Mais incarner celle-ci suppose de cultiver le goût du risque, de permettre le droit à l’erreur et de veiller à ce que l’exemplarité comportementale soit présente à tous les niveaux managériaux. Bien plus que les mots, c’est cet ensemble d’attitudes qui constitue le vrai terreau de l’intrapreneuriat.

Sean Luzi est vice-président du Cercle des Jeunes Entreprises (lecje.fr), conférencier et auteur de l’ouvrage « Entrepreneurs, mobilisez vos ressources émotionnelles » paru aux éditions Dunod (janv 2014). Fondateur d’emosapiens.com, un magazine web qui vise à stimuler l’esprit entrepreneurial.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here