A lire les chiffres qui circulent en France sur le management de transition (MdT), ce secteur serait une véritable cour des miracles : avec 450 M€ de volume annuel et une progression de 20 % par an, on aurait enfin trouvé la solution pour lutter contre l’inactivité des seniors.

 

 

 

Un micro-marché

 

 

En France le MdT est le petit poucet du conseil : il représente 0,1 % du volume des prestations intellectuelles. D’où vient alors ce chiffre de volume annuel ? C’est un grand mystère, nous l’avons vu passer de 350 à 450 M€ en 10 ans, sans aucune justification, mais toujours accompagné par cette fameuse progression de 20 % par an. Or, si on applique 20 % de progression à un marché de 350 M€ en année 1, on obtient plus de 700 M€ en année 5, et presque les 2 milliards en 10 ans. En réalité, en additionnant les chiffres des cabinets qui publient leurs comptes (et c’est le cas pour à peine 45 % d’entre eux), on obtient 100 M€ en 2014, hors indépendants. On est loin de l’eldorado annoncé au niveau national, mais c’est très décent pour un secteur lancé en 1990 dans le contexte français.

 

 

Une progression bien réelle

 

 

L’analyse des chiffres d’affaires publiés révèle une autre surprise : la progression annuelle du marché. Elle suit la tendance de toutes les prestations intellectuelles, c’est à dire 4% de progression en 2014. Ce chiffre est à rapprocher des 3% annoncés dans les secteurs apparentés du SYNTEC (fédération des syndicats professionnels du conseil).

On est loin des 20 % annoncés, mais c’est nettement positif dans le contexte de ces 3 dernières années. En période de crise, la ressource temporaire est moins sollicité, notamment pas les PMI et les ETI franco-françaises, mais les secteurs porteurs ont été plutôt dynamiques et dans l’anticipation.

 

 

Un tremplin à seniors ?

 

 

Si les seniors sont toujours très présents dans le MdT, la tendance générale est au rajeunissement : la tranche d’âge 50-60 ans n’est plus dominante, au profit des managers de 40-50 ans. Notons également que la séniorité ne donne aucune assurance d’efficacité en mission, comme le prouve la sélection des profils : 10 % au maximum seront retenus par les cabinets spécialisés, qui restent les principaux apporteurs de missions. Soyons lucides : avec 800 000 seniors demandeurs d’emploi en France pour quelques milliers de missions de MdT annuelles, on peut douter de cette solution comme étant une parade au sous-emploi des seniors.

 

 

Alors quel avenir pour le MdT ?

 

 

Avec un volume et une progression très respectables, compte tenu de l’histoire du droit social en France et de ces dernières années de marasme économique, que manque-t-il au MdT pour devenir la plus belle progression du secteur du conseil ?

Depuis 3 ans le marché du management de transition est en profonde mutation. Il suit en cela l’évolution des mentalités, pour tout ce qui touche à la performance économique et sociale. Les nouveaux entrants proposent des solutions moins élitistes, en tenant un discours pragmatique en phase avec la société de 2015.

 

L’avenir pourrait être radieux, à condition de lever quelques freins majeurs sur le marché français :

 

  • Afficher la plus grande transparence de la part des cabinets prétendant donner des conseils de gestion et de management,
  • Clarifier le contenu des prestations de MdT, ce terme un peu vague désigne des activités de nature radicalement différentes.
  • Créer une vraie instance représentative, par exemple au sein du SYNTEC, pour œuvrer collectivement sur le statut des managers, les données économiques, ou des certifications pertinentes.
  • Communiquer de façon professionnelle, en arrêtant les messages « ampoulés », élitistes et vides d’information utile.

Il n’y a aucune raison rationnelle pour que le marché français ne rejoigne pas l’Angleterre et l’Allemagne qui, avec respectivement 1200 et 1350 M€ de volume annuel, sont très clairement les locomotives européenne dans ce domaine.

 

Le guide du management de transition 2015, par Jacques Burtin, IM éditions, mai 2015.

 

 

 

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