La pénurie sur le poste devrait se poursuivre dans les années à venir

Entre les évolutions techniques du métier et les changements de réglementation, la fonction de gestionnaire de paie se complexifie. Les bons profils se font rares et selon Stéphanie Correia, managing consultant de la division ressources humaines et paie de Walters People, la tendance ne devrait pas changer. « Aujourd’hui, nous avons beaucoup d’opportunités en CDI, explique-t-elle. Nous avons plus d’entreprises qui demandent d’excellents techniciens que de candidats disponibles, et cela n’ira pas en s’arrangeant. » En conséquence, les entreprises vont devoir s’adapter. « Certaines structures vont vouloir spécifier les tâches du gestionnaire de paie pour optimiser les coûts et être plus efficaces. Mais à cause de la pénurie, il faudra regarder le marché et ce que veulent les candidats. Plus un poste sera complet dans ses tâches, et plus il aura de chances d’attirer les talents.»

Évolution continue des outils

La fonction en elle-même devrait continuer d’évoluer sans pour autant connaître de grandes transformations de fonds, selon certains spécialistes. Sébastien Laboutade, directeur des ressources humaines du groupe Ourry, en charge du transport de déchets, estime possible l’externalisation de certains modules techniques et chronophages de la fonction. Il considère en revanche que les grandes avancées technologiques ont déjà eu lieu. « A moins de voir arriver des solutions qui permettent au salarié de créer lui-même sa fiche de paie !, s’amuse-t-il. Le collaborateur serait responsable de rentrer ses données et le gestionnaire de paie n’aurait plus qu’à valider… »
Même s’il n’y a pas de saut technologique dans les années à venir, il y aura toujours des changements de l’ordre de la mise à jour de logiciels ou pour en fluidifier l’usage, c’est là d’ailleurs que se joue la complexité du métier. En conséquence, les gestionnaires de paie devront être en formation continue pour rester à jour quant à l’utilisation de leurs outils. Le DRH en fait déjà l’expérience dans son entreprise. « Les trois personnes qui touchent à la paie chez nous doivent se former sur deux jours tous les six mois. Nous faisons appel à des prestataires externes qui viennent sur place pour leur apprendre par la pratique, car il s’agit à chaque fois de tâches très techniques. »

Un métier encore plus humain

Du fait de la technicité croissante de la profession, une évolution possible pourrait être d’externaliser le métier. Cette tendance s’observe dans les modèles anglo-saxons qui concentrent leurs équipes RH sur l’acquisition de talent et la gestion de compétence. Cette option n’est cependant pas la plus stratégique aux yeux de Sébastien Laboutade. « Vous ne maîtrisez plus rien si vous externalisez votre paye. Pour une entreprise de notre taille, soit 400 salariés, il faut être capable d’expliquer un bulletin clarifié aux collaborateurs. Pour des raisons financières, nous externalisons 40 % de la paye sur la partie la plus technique. Mais si vous en avez les moyens, c’est mieux de le faire en interne à 100 %. »
Mais quelle que soit les évolutions techniques, Saïd Bouaouda, gestionnaire de paie dans une entreprise de transport*, estime pour sa part que le côté pédagogique, déjà présent dans le métier, devrait s’accentuer. « Les changements dans la technologie ou même dans la réglementation ne changent pas vraiment le métier, considère-t-il aussi. Des évolutions comme le prélèvement à la source, pour nous, au final, c’est une nouvelle rubrique qui s’intègre dans le bulletin de paie avec des taux qui nous sont communiqués. Il faut que le logiciel soit au point, sinon il est compliqué de faire correctement son métier et le gestionnaire de paie doit s’adapter, à ces évolutions. Mais ce qui restera le plus important, ce sera le côté humain de la fonction, le rapport aux salariés pour leur expliquer leur bulletin de salaire. Peut-être qu’un jour, l’intégralité de la fonction sera automatisée ou externalisée, mais ce sera toujours une personne qui devra dialoguer avec un salarié. »

 

 

Chloé Goudenhooft

 

* L’entreprise a voulu rester anonyme.

Crédit photo : Getty Images

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