Comment voyez-vous le futur des responsables formations ?

Brillant ! Fortement coloré par la technologie, la pédagogie et moins par les habiletés de montage financier, l’apport des technologies va lui permettre de se recentrer sur l’humain, sur la pédagogie et la création de véritables écosystèmes qu’on pourra nommer entreprises apprenantes. La fonction responsable formation se pare de plus en plus de créativité et se retire de l’étau administratif. Un métier de plus en plus transverse aussi qui se détachera de la sphère RH pure pour dialoguer encore plus avec les multiples autres fonctions de l’entreprise.

Identifiez-vous de nouvelles fonctions et tâches ? et quelles sont les tâches qui vont disparaitre selon vous ?

Le marketing est un des premiers éléments qui me vient. Le responsable formation a de plus en plus de tâches marketing pour séduire et donner l’envie à l’apprenant de participer aux formations. Ce qui guide aussi son choix de prestataires qui peuvent le suivre dans cette démarche. Dans le fourmillement des tâches d’aujourd’hui du collaborateur, arriver à créer l’adhésion sur les formations est un objectif majeur pour pouvoir aider à l’amélioration de ses compétences. Pour capter l’attention, susciter la motivation, les connaissances et habiletés en marketing et communication deviennent obligatoires.

La manipulation et l’interprétation des data sera un point crucial. Les machines sont là aujourd’hui pour nous proposer des rapprochements, permettre de créer des profils, permettre de mieux appréhender comment une personne apprend. Ce qui va permettre au responsable formation d’aller plus loin que juxtaposer des éléments dans un catalogue mais créer des parcours par rapport aux data qui remontent. Les machines ici transforment le one size fits all pour venir à une approche plus personnalisée.

Dans la droite ligne de cet axe de marketing/communication et de la manipulation des data, il se voit aussi animateur de communauté apprenante et aussi « sachante ». Il y identifie les besoins émergents des apprenants et il peut utiliser le crowd-sourcing pour trouver en interne les experts. Il se fait alors architecte de la transmission de la connaissance, architecte des relations humaines au travers de nouvelles technologies, créateur et animateur de dynamiques d’apprentissage. Ce qui le projette aussi dans le domaine de la compétence relationnelle, le responsable formation est aussi celui qui est à l’écoute des autres départements et peut aussi les solliciter : l’identification de personnes clés dans l’organisation et sa capacité à maintenir le dialogue avec eux sont primordiales. Il se fait interlocuteur avec le département communication, l’IT, production, R&D… et s’intéresse à ce que font ces départements, sinon ceux-ci et on l’observe déjà, prennent la main sur la formation de leurs collaborateurs et le département formation se retrouve à la traîne de l’évolution de l’organisation.

La démocratisation des technologies immersives, la généralisation des outils mobiles de très bonne qualité, les avancées en neurosciences, l’appropriation des réseaux sociaux ouvrent la porte à de multiples applications qui ont le pouvoir de donner à l’apprenant de nouvelles expériences d’apprentissage. Ceci amène le responsable formation à se devoir d’une veille active pour comprendre et pouvoir s’approprier les nouveaux concepts, les nouvelles technologies. Il se forme lui aussi.

 

A quel point estimez-vous que la réforme de la formation va jouer un rôle d’accélérateur de ces changements ?

Le changement de la définition de l’action de formation modifie déjà la nature de ce qu’est une formation. Avec l’avènement du CPF totalement individualisé, le responsable formation est le consultant en évolution de la personne : dans la jungle des formations qui existent, le responsable formation se devra d’être un guide et référent pour l’apprenant. Ceci est bénéfique pour les deux : l’apprenant sait qu’il sera entre de bonnes mains et le responsable formation que la formation dispensée portera ses fruits, aidant à l’amélioration globale de l’organisation. Le salarié est certes maître de sa formation mais a besoin d’être guidé pour identifier les formations de qualité et celles utiles pour son évolution. Il est à voir aussi comment se matérialisera effectivement cette visibilité dans les outils dédiés créés par le ministère du Travail.

Un monde d’expérimentation s’ouvre donc aujourd’hui dans la formation. Sur quels indicateurs va-t-il se reposer désormais pour expérimenter en formation ?

L’indicateur classique est le nombre d’heures, mais sa pertinence est questionnée : ce n’est pas parce qu’on a passé du temps que les compétences sont intégrées. On peut utiliser les scores NPS, Net Promoteur Score, qui est l’indicateur de la propension ou probabilité de recommandation d’un produit, marque ou service par ses clients ou utilisateurs. Cet indicateur va par l’appel à la communauté apprenante de déterminer l’attrait des formations : « recommanderiez-vous cette formation à un autre collaborateur ? ». La généralisation des quizz ou test finaux, le suivi du visionnage de vidéos et de l’utilisation de modules permet aussi de recueillir des données. Ceci marque aussi le besoin d’outils d’analyse de toutes ces data pour pouvoir en faire sens et aider à réajuster, diversifier les éléments de l’écosystème d’apprentissage. Le pilotage peut aller jusqu’à la création du planning des formations pour une personne avec un budget intégré à court terme, et idéalement à long terme de s’inscrire dans la démarche de GPEC.

 

En terme de paradigme pédagogique, les neurosciences influent-elles plus sur la conception des environnements d’apprentissage ?

Le premier point apporté depuis déjà longtemps est que l’attention et la répétition favorisent la mémorisation, le combat de la fameuse courbe de l’oubli, se fait par l’accumulation espacée par petites touches d’une connaissance, d’une compétence pour faire en sorte que cette connaissance ne soit pas oubliée.

L’observation, la visualisation, l’expérimentation jouent avec les neurones miroirs, ces neurones miroir ont un rôle primordial en matière d’apprentissage. Ils s’activent lorsque le sujet observe mais également expérimente. Le formateur devra par conséquent favoriser «la formation action » qui met en situation l’apprenant pour la résolution de problèmes opérationnels.

L’émotion et le réveil des sens : Les expériences multisensorielles facilitent la mémorisation parce qu’entrent en jeu « les circuits de récompense ». A contrario, trop de compétition et d’échecs peuvent stimuler « les circuits de punition » ! Le formateur doit donc s’attacher à faire vivre aux apprenants des émotions agréables pour susciter l’envie d’apprendre !

Le social learning ou l’apprentissage social qui favorise le partage de connaissance par la communication avec les pairs peut permettre de booster les apprentissages. La construction avec des pairs de connaissance permet le conflit cognitif qui interpelle et crée la connaissance. L’avènement et bonne utilisation des réseaux sociaux permet une diffusion large et intéressante des connaissances. Néanmoins, les réseaux sociaux ont besoin de bons community managers qui peuvent porter le projet.

 

Si c’est assurément un bénéfice pour l’apprenant est-ce aussi un gain de temps, pour les responsables formation ou bien est-ce encore un accroissement de leur charge de travail ?

Le temps sauvé à un endroit peut être alloué à un autre plus stratégique ou à ces autres tâches qui vont apparaître comme on le disait plus haut. Le côté administratif s’estompe par l’arrivée des outils de suivi intégrés au formation digital learning ou par les portails d’enregistrement formation, par exemple, qui permettent aussi gagner du temps : il n’y a plus qu’une validation à faire dans un SIRH, alors qu’avant circulaient des fichiers d’inscriptions. L’interconnexion entre outils RH, formation, et aussi du prestataire peuvent déclencher en quelques instant le démarrage d’une formation, là où des échanges sans valeur ajoutée prenaient place. Un meilleur contrôle des budgets sera aussi possible ; donc gain de temps, d’argent et d’efficacité

Avec toutes ces évolutions comment les responsables formation et les apprenants peuvent s’y retrouver devant la diversité de l’offre ? faut il envisager des services d’accompagnement ou de conseil ?

Les NPS vu plus haut où l’avis des autres guident l’apprenant dans ses choix de formation, ils permettent aussi au responsable formation de voir les contenus et parcours qui suscitent de l’intérêt et sont appréciés et ceux qui ne le sont pas, lui permettant de repenser son catalogue. Les moteurs d’intelligence artificielle qui analysent les data aident l’apprenant en poussant vers lui des contenus et des parcours qui correspondent à vos besoins, envies et méthodes de travail. De même, ces data permettent au responsable formation de voir évoluer ces modules et parcours en termes d’usage : les connaissances évoluent vite et se périment parfois, le RESPONSABLE FORMATION pourra voir aussi des courbes de vie de certains modules et réajuster son offre. Le bouche à oreille dans les réseaux sociaux et forums des organisations vont aussi permettre aux collaborateurs de s’y retrouver et au responsable formation de détecter des tendances nouvelles dans la façon de travailler et apprécier les éléments de formation.

La fonction responsable formation peut profiter aujourd’hui de grands changements technologiques, pédagogiques et légaux pour entrer dans une nouvelle ère, plus proche des besoins en temps réel des apprenants pour une performance accrue des organisations.

 

Cette tribune est issue du livre blanc Le DRH « transformeur ». Cliquez pour le télécharger.

 

 

 

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