« LifeStraw » est une paille, une toute petite paille, rien qu’une paille. La société Vestergraad a inventé un système qui permet de filtrer l’eau et de boire en évitant que l’être humain ne risque sa santé. En plastique, la paille de 56 grammes, possède un système de filtrage qui nettoie l’eau à presque 100% de toutes ses bactéries. Elle peut être utilisée pendant un an par la même personne !

Le rythme de ce genre d’innovations va s’accélérer. On parle aujourd’hui d’ « innovation frugale » dans tous les pays émergents, pour reprendre l’ouvrage « L’Innovation jugaad. Redevenons ingénieux! » (Editions Diateino), écrit par Navi Radjou et Simone Ahuja, des consultants en innovation, et Jaideep Prabhu, professeur  de l’université de Cambridge. « Jugaad » vient d’un mot hindi et signifie « savoir se débrouiller et trouver des solutions dans des conditions hostiles ».

2030 : 2 actifs sur 3 originaires d’Inde, de Chine ou d’Afrique

Jean-Joseph Boillot, spécialiste des pays émergents, a abordé ces innovations du Sud dans son dernier livre « Chindiafrique, la China, l’Inde et l’Afrique » (Od. Jacob 2013). Il a également traduit et adapté en français l’ouvrage de Navi Radjou, Jaideep Prabhu et Simone Ahuja. Lors d’une réunion organisée par l’Institut Boostzone le 6 mars dernier, il revient sur le mécanisme mondial des innovations en route : «  Le capital humain est la clé de voûte du développement économique. La Chine, l’Inde et l’Afrique représentant la partie du monde dans laquelle l’économie mondiale va se développer dans les 30 prochaines années. En France, nous assistons à une crise de l’innovation structurée, organisée pendant les 30 Glorieuses. Est en train de se produire à l’heure actuelle un glissement du centre du monde. Le XXIème siècle ne sera pas le siècle de l’Asie mais celui de la zone que je nomme « Chindiafrique » qui rassemble la Chine, l’Inde et l’Afrique. Deux actifs sur trois seront originaires de l’un de ces trois pays en 2030. Leur portée démographique sera colossale avec 2 milliards d’habitants en Chine et en Inde. Par ailleurs, cette population sera formée puisque l’on voit déjà un investissement massif dans la formation, passeport de l’immigration, sur le continent africain. Alors, on peut aisément  imaginer l’impact de ces pays si le capital humain est associé à une masse économique (nombre d’actifs multiplié par le nombre d’années d’études). Une population qui de plus n’hésite pas à s’expatrier. »

Le système D, de la débrouille !

Qu’a-t-on à apprendre de ces nouvelles générations étrangères ? Beaucoup de choses.  Avant tout, une ingéniosité et une flexibilité. Leur faculté de rechercher les opportunités dans l’adversité. Les entrepreneurs des pays émergents trouvent des astuces pour rendre accessibles et à un prix abordable, des produits fabriqués dans les pays du nord. C’est la débrouille. C’est l’ère des BIK (Biotechnology – High tech – Knowledge). Ainsi, les « Tablettes café » se multiplient au Sénégal. Des composants de Chine sont importés. Et, pour 25 euros un Sénégalais peut se procurer une tablette. L’accès au savoir se répand grâce aux MOOCs (Mass open sources). « Je suis sidéré de voir qu’en Inde la moyenne des gens en savent plus que nos lycéens, témoigne Jean-Joseph Boillot, Le « knowledge process outsourcing » (KPO), l’externalisation des processus de connaissances, est devenu une véritable industrie et les Indiens misent dessus pour se développer. »

 

La France, trop focalisée sur l’économie numérique ?

 

Selon une étude de la RAND Corporation, les pays développés tablent sur les hautes technologies (ordinateurs portables, tissus intelligents, objets connectés, etc) tandis que les pays émergents, notamment l’Afrique, misent sur l’énergie solaire et éolienne, l’agriculture par OGM (céréales, légumes, coton), les filtres et catalyses afin de lutter contre les maladies bactériennes (12 euros le filtre pour avoir de l’eau potable !). L’avenir ? Le spécialiste alerte : « Nous n’avons rien vu encore de la déformation de l’économie mondiale. Il faudrait actualiser la carte du monde que les Occidentaux ont dans la tête. En étant pessimiste, j’anticipe un taux de 5% de croissance en moyenne pour l’Afrique en prenant en considération de nombreux freins comme par exemple l’instabilité politique. »

Pour le spécialiste, notre innovation structurée, pragmatique et basée sur la planification, manque de flexibilité, est trop élitiste et insulaire pour affronter un monde complexe. Ce dernier est caractérisé de nos jours par la rareté des ressources et une diversité de salariés et de consommateurs. L’interactivité croissante et la vélocité accélérée des mutations technologiques et des marchés rendent la mondialisation impressionnante.

 

L’heure de la co-création mondiale a sonné

 

Plus que jamais les pays du Nord vont devoir développer leur empathie, afin de mieux comprendre les autres cultures, et répondre à leurs besoins en termes de production de produits à tarifs accessibles et à usage simple et immédiat. « Comment comprendre les autres cultures si le top management comprend moins de 50% d’étrangers ?, appuie l’auteur, L’innovation polycentrique de Navi Radjou tient compte du monde en réseau et du savoir global et connecté ; les laboratoires doivent développer les deux approches. » Nous assistons à un phénomène de « Reverse innovation » qui cible les 5 milliards d’individus qui vivent avec quelques euros par jour. « Aujourd’hui nous avons 9 milliards d’êtres humains qui aspirent à vivre mieux. Il y a de quoi faire pour redémarrer les entreprises et les économies », termine Jean-Joseph Boillot. Les réseaux mondiaux d’innovation facilitent la co-création. Cela serait dommage de s’en priver !

 

 

Christel Lambolez

 

 

 

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