Pouvez-vous nous expliquer l’enjeu de ce nouveau paradigme technologique ?

Les technologies numériques sont aujourd’hui au cœur de la stratégie de toutes les organisations. La première vague logicielle a permis de modéliser et de piloter de nombreux processus. Aujourd’hui nous entrons dans l’ère de l’internet des Objets Connectés (IoT), qui agissent sur le monde réel grâce à une interface logicielle. En 2017, 4 milliards d’individus seront équipés de téléphones mobiles. Les capacités de traitement de l’information ont par ailleurs augmenté grâce à des milliards de capteurs et d’actionneurs. Nous assistons par conséquent à une véritable révolution qui va bouleverser notre manière d’appréhender l’ensemble des métiers. L’irruption de l’Internet dans le monde physique nous plonge dans un paradigme technologique nouveau dans lequel l’intelligence artificielle et la robotique sont à l’œuvre. Les logiciels sont de nos jours capables d’apprendre par eux-mêmes avec une certaine autonomie et sont dans un processus d’amélioration permanente.

En France, l’Intelligence artificielle et le pouvoir des machines suscitent de nombreuses peurs. Quelle est votre analyse concernant l’évolution de l’organisation du monde du travail ?

Ce n’est pas en ayant peur qu’on pourra maîtriser et contrôler les machines mais en innovant. Je suis très étonné des réticences françaises. Nous ne devons pas rester en retrait mais plutôt promouvoir nos valeurs françaises et européennes notamment en matière de protection des données personnelles, de transparence des algorithmes, et de liberté d’action en matière d’audit. L’humanité vit là une réelle opportunité de s’émanciper et de pouvoir consacrer son temps à davantage de création de valeur. Au lieu d’être asservis par des tâches chronophages et à faible valeur ajoutée, nous avons la possibilité de consacrer notre temps à l’innovation et l’amélioration de notre quotidien. Les voitures autonomes par exemple permettent non seulement de diminuer les accidents de la route mais également de libérer 15% du temps des actifs qui peuvent ainsi profiter de leurs trajets pour se consacrer à la lecture ou autres occupations qui les intéressent. Les embouteillages génèrent du stress et sont vécus comme une perte de temps.

Quelles sont les compétences qui vont être recherchées. Va-t-on construire un monde peuplé d’ingénieurs et de designers ?

Au siècle dernier, nous avons eu peur de la modernisation de l’agriculture. Nous avons pourtant créé d’autres emplois dans d’autres secteurs. La révolution que nous vivons actuellement va engendrer la création de nouvelles activités et une explosion des offres d’emploi dans le secteur des Services. Je pense que nous pouvons même atteindre le plein emploi. Je suis optimiste et ma conviction est largement partagée par de nombreux experts. Nous allons voir se multiplier les plateformes de services pour toutes sortes de prestations d’assistances à domicile pour par exemple prolonger l’autonomie des personnes âgées à domicile, sécuriser la maison, réparer des appareils ou cuisiner. De nombreux métiers autour de l’analyse des Data et des parcours et expérience clients vont se créer et les profils spécialisés en mathématiques, design, statistiques et conception vont être de plus en plus recherchés par les entreprises. Parallèlement, elles auront aussi besoin de profils moins qualifiés pour assurer les services de proximité localisés un peu partout sur la planète.

Pensez-vous que le système éducatif en France réponde aux futurs besoins des entreprises?

Il faut que les cursus de formation s’adaptent et soient en ligne avec les tendances actuelles du marché en matière d’innovation. Les fondamentaux restent les mêmes en apprentissage des mathématiques ou de la physique. Par contre, il va falloir intensifier l’apprentissage des langues car le monde est de plus en plus global. Il est absolument nécessaire aujourd’hui de parler un anglais parfait. Il y a par ailleurs au cœur de notre société de nombreuses lacunes encore en matière de compréhension de l’économie et de la marche du monde des affaires. Un autre point sur lequel il faudra insister : l’apprentissage du code et des architectures logicielles que je mets au même rang que celui d’une langue et de sa grammaire. Savoir coder aujourd’hui permet de mieux comprendre l’architecture des systèmes. Pour comprendre le monde de demain, le code représentera l’alphabet utile pour décrypter le fonctionnement de notre quotidien.

Comment appréhendez-vous les méthodes agiles pour vous adapter au rythme croissant de l’innovation?

Nous assistons à des changements importants de business model et nous devons nous inscrire dans une démarche d’innovation permanente. Au sein des équipes innovation d’Orange, nous avons mis en place le lean start-up et des démarches de Design Thinking qui font appel aux mêmes fondamentaux. Nous constituons de petites équipes pluridisciplinaires, capables d’adresser une problématique en endossant toutes les problématiques afin de trouver la ou les solutions. Les équipes peuvent ainsi gérer un projet de A à Z grâce aux compétences nécessaires avec un budget défini et dans un délai imparti. Cela évite de travailler en silo et permet aux individus de se libérer pour mieux innover. L’empowerment des collaborateurs permet de valoriser ceux qui font et de reconnaître leurs talents. Le lean start-up permet de favoriser sa relation avec le client grâce à des interactions et itérations permanentes. Il permet de faire valider rapidement ses idées et d’avancer sur le projet de manière constructive en ne perdant pas de vue la réalité du marché. Les retours internes sur les méthodes agiles mises en place est favorable car les équipes ont gagné en autonomie, simplicité, rapidité et performance. Le rattachement hiérarchique n’est plus un sujet central.

Avez-vous expérimenté le zéro management pour libérer et responsabiliser complètement vos collaborateurs ?

Nous faisons un essai depuis 6 mois sur une équipe constituée de 35 personnes. Le groupe est organisé en mode projet et fonctionne de manière autonome. La gouvernance s’appuie sur un logiciel qui permet l’adaptation des rôles de chacun en fonction des besoins du projet et en toute transparence. Cela semble bien se dérouler pour l’instant.
Ce mode de fonctionnement, du type organisation TEAL avec plus de sens, d’enthousiasme et d’authenticité, pour reprendre l’ouvrage «Reinventing Organizations» de Frédéric Laloux, est très adapté à l’innovation. Je ne sais pas s’il peut fonctionner aussi efficacement pour tout type d’activité.

Quel sera selon vous le plus grand challenge des entreprises en 2017 ?

Il faut embrasser les opportunités du Digital et le sujet clé va être la capacité des entreprises à se transformer culturellement, à changer leur «mindset». C’est là que s’opèrera la différence entre celles qui vont réussir et celles qui vont se faire distancer. L’entreprise doit être capable aujourd’hui de comprendre les tendances sociétales qui sont à l’œuvre et qui utilisent les nouvelles technologies au quotidien. Les RH vivent un grand bouleversement car elles doivent attirer les talents et mettre en place des services personnalisés pour les fidéliser. Elles vont devoir mettre en exergue la raison d’être de l’entreprise et apporter du sens pour les salariés et aussi pour les ressources mobilisées à l’extérieur de l’entreprise, dans une conception étendue et dynamique de l’entreprise.

Propos recueillis par Christel Lambolez

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