Jean-Claude Juncker est aux manet­tes depuis le 1er novembre. Celui qui a remplacé José Manuel Barroso – qui a officié pendant dix ans à la tête de l’exécutif européen – porte sur ses épaules les attentes de renouveau manifestées par les élections européennes de mai dernier, avec le succès remporté par les eurosceptiques et les europhobes. Le renouveau, Jean-Claude Juncker l’a incarné, comme tous les autres candidats à ce poste avec lui, lorsqu’ils sont parvenus à imposer aux gouvernements des Vingt-Huit que le futur chef de l’Exécutif sorte, d’une certaine façon, des urnes européennes de façon à ce qu’il bénéficie d’une assise plus démocratique. Et de fait, l’ancien premier ministre luxembourgeois, président de l’Eurogroup pendant huit années, n’a pas été désigné uniquement selon le bon vouloir des chefs d’États, comme ses prédécesseurs. Il est le candidat choisi par le parti qui a remporté les élections européennes de mai 2014, à savoir le Parti populaire européen de centre droit (PPE). Il a été investi par le Parlement européen grâce à une grande coalition qui réunit sociaux démocrates, PPE et libéraux (ALDE) et dont sa Commission est le reflet.

 

Une équipe politique

 

Homme politique avant tout, Jean-Claude Juncker a tenu à constituer une Commission autour de personnalités capables d’agir de manière indépendante tant vis-à-vis des pouvoirs politiques des États que des services administratifs de la Commission. Comprenant cinq anciens premiers ministres et 19 anciens ministres, plus que jamais la Commission regroupe des poids lourds politiques, dont certains ont quitté leur fonction pour œuvrer en son sein. En plus d’en finir avec le « recyclage européen », Jean-Claude Juncker a tenu à modifier en profondeur le fonctionnement interne de l’institution afin de favoriser le travail transversal et sortir de la « logique de silo » qui n’est plus appropriée par rapport à la complexité des enjeux actuels. L’apparition de six vice-présidents chargés chacun d’une priorité politique et d’animer une équipe de commissaires vise précisément à décloisonner les compétences. Parmi les noms à retenir dans le domaine social, il y a celui de Jyrki Katainen, l’ancien premier ministre finlandais, qui est le vice-président en charge de l’Emploi, de la Croissance, de l’Investissement et de la Compétitivité, la première des priorités de Jean-Claude Juncker. M. Katainen doit travailler de concert avec un autre vice-président, également ancien premier ministre mais de Lettonie, Valdis Dombrovskis, en charge de l’euro et du dialogue social. Tous deux devront impulser des initiatives visant à garantir que la coordination des politiques économiques débouche véritablement sur une amélioration de la compétitivité et de la croissance, mais aussi sur des résultats tangibles en matière d’emploi. Mais il ne faut pas oublier, l’ancien ministre des Finances français, Pierre Moscovici, et la chrétienne démocrate flamande, Marianne Thyssen, respectivement commissaire aux Affaires économiques et commissaire aux Affaires sociales. Toute cette fine équipe sera chargée de mettre en œuvre le programme social du président Juncker.

 

Remettre le social au cœur du projet européen

 

Vu le contexte, l’urgence est de donner rapidement des perspectives aux 25 millions de chômeurs, « ce 29e État européen qui est en train de se constituer », selon les propres termes de Jean-Claude Juncker. Pour cela, la future Commission ne se départira pas de la doxa de la réduction des déficits publics. Le corset des règles de désendettement des États et des politiques d’austérité, renforcées au lendemain de la crise de la dette grecque, ne sera pas desserré, mais il sera assorti d’un volet « croissance » qui prendra la forme d’un plan d’investissement de 300 milliards d’euros sur trois ans. Cet argent sera mobilisé pour financer des projets d’infrastructure et préparer l’UE aux défis des nouvelles technologies ou encore de l’économie verte et des transitions professionnelles.

Jean-Claude Juncker a aussi pour ambition de doter l’UE d’un « triple A social ». C’est donc un retour aux fondamentaux de l’Europe que veut amorcer celui qui convoque très souvent la figure tutélaire de Jacques Delors (président de la Commission européenne de 1985 à 1995). Reprenant l’esprit des pères fondateurs de la CEE en 1957, qui ont mis au cœur de la construction européenne le progrès social, le nouveau président de la Commission s’est engagé à travailler autant au développement économique de l’UE qu’à son développement social. Dans le contexte économique d’aujourd’hui, l’enjeu principal est d’assurer que les réformes demandées aux États (notamment celles du marché du travail) et les efforts supportés par les populations (dans le cadre du respect du seuil de 3 % de déficit public) soient soutenables socialement et ne deviennent pas eux-mêmes sources de déséquilibres, en contribuant par exemple à augmenter le taux de pauvreté ou la précarité.

 

Le président du dialogue social

 

Enfin, celui qui se présente comme le « président du dialogue social » veut également restaurer le partenariat social, parfois mis à mal par le rythme effréné des réformes menées dans certains pays. Ce dialogue social à tous les niveaux doit permettre aux acteurs de s’approprier ces réformes et qu’elles ne soient plus perçues comme un diktat bruxellois. Réconcilier le citoyen avec le projet européen est donc la mission première, et ultime, de cette Commission européenne qui se qualifie elle-même de celle « de la dernière chance ».

 

 

 

Marie-Noëlle Lopez, directrice de Planet Labor

 

 

Planet Labor est une agence de veille sociale européenne et internationale qui alerte ses abonnés sur les évolutions normatives dans tous les pays de l’Union européenne et les principaux pays du monde ainsi que sur les problématiques émergentes et les nouvelles pratiques RH. Disposant d’une base de données unique sur les normes sociales nationales, européennes ou internationales et s’appuyant sur un réseau international de correspondants et d’experts, Planet Labor réalise également des études de droits et pratiques comparés pour préparer les projets d’implantation, les initiatives en matières RH et les négociations nationales ou internationales. Elle est également présente sur le terrain de la formation sur des sujets transnationaux à destination des managers comme des représentants au comité d’entreprise européen.

 

L’article publié en partenariat avec la revue Personnel de l’ANDRH

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