Vous avez lancé une vaste campagne pour promouvoir l’apprentissage. Quels sont les enjeux actuels ?

L’apprentissage c’est faire pour apprendre, c’est une voie alternative qui permet à 7 jeunes sur 10 de trouver un emploi. C’est pourquoi nous incitons les jeunes à choisir cette approche pédagogique. Nous avons lancé cette campagne pour notamment changer le regard sur l’apprentissage. Il y a encore un frein culturel alors que c’est une voie de passion et de réussite, c’est ce que je constate à chacun de mes déplacements dans des CFA (centre de formation d’apprentis). Cette campagne est faite par les apprentis pour les futurs apprentis. Avec la loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » qui a été promulguée le 5 septembre par le président de la République, nous mettons tout en œuvre pour faciliter et simplifier l’entrée en apprentissage et accroître le nombre de jeunes et d’entreprises qui s’engagent dans cette voie. L’apprentissage est l’un des meilleurs tremplins vers l’emploi.

Comment allez-vous vous assurer de la qualité de la formation par apprentissage dans le supérieur ? Quels vont être les critères de qualité pour les organismes de formation et comment réguler l’accès au statut de CFA ?

Choisir son avenir professionnel est un élément clé de la construction de la vie de chacun. Aussi, il est important que les taux d’insertion dans l’emploi et de réussite aux diplômes de tous les CFA et de tous les lycées professionnels soient rendus publics. En parallèle, dès cette rentrée, les régions organiseront avec les collèges et lycées une découverte des filières et métiers. C’est en rencontrant des professionnels ou des jeunes que l’on se projette dans un métier et donc une formation. Une classe de troisième « prépa-métiers » sera lancée pour préparer l’orientation des collégiens vers la voie professionnelle et l’apprentissage. Cela leur permettra de poursuivre l’acquisition du socle commun de connaissances et de compétences. S’agissant de la qualité, les CFA existants auront jusqu’au 31 décembre 2021 pour se mettre en conformité. Pour le supérieur, les établissements publics déjà accrédités sont réputés satisfaire à l’obligation de certification qualité.

Vous avez évoqué la possibilité de lancer les prépas apprentissage afin de développer les soft skills des jeunes. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Dans le cadre de la semaine pour l’inclusion pour l’emploi dans le Plan pauvreté, j’ai lancé le 4 octobre dernier la prépa apprentissage, pour permettre à nos jeunes insuffisamment préparés, de réussir leur apprentissage. De quelques semaines à quatre mois, ce dispositif va permettre à des jeunes d’être accompagnés afin de faciliter leur entrée en apprentissage et de sécuriser le parcours de ces futurs apprentis. Dès 2019, les jeunes, en particulier les plus fragiles – qui ne sont ni en études, ni en formation, ni en emplois, qui vivent dans les quartiers prioritaires de la ville, en zone de revitalisation rurale, ou qui sont en situation de handicap – seront accompagnés. D’ici deux ans, 75 000 jeunes pourront en bénéficier.

Vous souhaitez utiliser Parcoursup pour l’apprentissage également mais la plateforme a montré de nombreux dysfonctionnements en matière d’affectation des jeunes. Quelles sont les dispositions en cours pour optimiser la gestion des offres et demandes de formations ?

Nous avons observé une hausse de 45 % de la demande d’apprentissage après la 3e cette année. Et ce résultat pourrait être plus important si nous mobilisons encore plus de jeunes. Pour faciliter la mise en relation entre les entreprises et les apprentis, nous voulons intégrer une catégorie « apprentissage » dans Parcoursup pour mettre en avant les offres et assurer une certaine fluidité du marché. Un projet est en cours de réflexion pour répondre précisément à cette problématique.

Pourquoi le traitement du financement de l’apprentissage est-il resté dans les OPCO et que l’on n’a pas alors plus orienté les OPCA vers une relation de proximité sur les besoins de compétences des entreprises de leur périmètre ?

La loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » simplifie les circuits de financement de la formation professionnelle en unifiant les circuits de collecte de l’apprentissage et de la formation continue et à terme en confiant cette collecte aux URSSAF. Dans un souci d’efficacité et de cohérence, la mise en place d’un établissement public, France Compétences, garantira un financement pour chaque contrat.

Comment vont être financées les formations des métiers émergents, notamment du numérique, qui peuvent être transverses au sein de l’entreprise et ne pas être rattachés à une fonction précise ?

La formation n’est pas simplement l’adaptation à un poste de travail, mais la préparation aux métiers de demain. Grâce au Plan d’investissement dans les compétences, 10 000 formations aux métiers du numérique ont été lancées pour permettre aux jeunes et aux demandeurs d’emploi d’accéder à ces métiers qui recrutent. Ces formations sont l’amorçage d’une ambition forte pour faire du numérique un levier de retour à l’emploi. Nous prévoyons également une aide spéciale « métiers du numérique » pour toutes les entreprises qui souhaitent former un candidat. La loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » prévoit également le dispositif « Pro-A », un moyen de reconversion ou de promotion par l’alternance qui permettra aux salariés, tout en gardant leur contrat de travail et leur rémunération, d’accéder à une formation qualifiante.

Comment voyez-vous le fonctionnement de la gouvernance de France Compétences ? Quels sont les chantiers prioritaires selon vous pour ce nouvel organisme ?

Il s’agit de simplifier la gouvernance dans une structure unique. France Compétences agira en tant qu’autorité de régulation de la qualité et de veille sur les coûts et les règles de prise en charge. Il assurera la répartition des fonds de l’alternance auprès des opérateurs de compétences et des régions et pourra exprimer des recommandations aux autorités publiques.

Quelles sont les raisons du retard de l’application du CPF ?
(Sont-elles simplement technologiques, financières entre les différents intervenants, entreprise, CDP, Bercy… ou organisationnelles pour créer un catalogue des formations accessibles ?)

Nous n’avons pas de retard sur ce que nous avions annoncé. Au 1er janvier 2019, comme prévu, le site CPF passera en euros et offrira une meilleure visibilité des droits de chacun. A l’autonome, comme prévu, l’application mobile verra le jour et permettra à chacun de pouvoir consulter son compte, choisir, comparer et payer sa formation en ligne. Pour ceux qui le souhaitent, un conseiller en évolution professionnelle pourra les accompagner.

 

Propos recueillis par Christel Lambolez

 

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