À l’heure des congés estivaux, quand chacun aspire au repos, comment faire l’éloge du travail ? Je vais m’y risquer. Le travail est en effet bien souvent associé, autant par son étymologie, son histoire, que dans certaines versions, hélas plus contemporaines, à la contrainte, la douleur, la peine et la souffrance. Et c’est dans ces formes dramatiques qu’il se donne, alors, à voir. Réalité sans conteste, certes, mais pas unique. Loin de minimiser ces configurations les plus délétères, le travail peut aussi tenir d’autres promesses.

Qui n’a jamais ressenti, embarqué corps et âme dans l’activité, ce délicieux petit moment d’oubli, ce sentiment d’une mise en vacances de soi ? C’est de ce point que nous partirons. En effet, les travaux de notre équipe de recherche ont mis en évidence la fonction psychologique bien particulière et parfois salutaire que recèle le travail, affirmant même qu’elle résiderait « précisément dans la rupture qu’il introduit entre les « pré-occupations » personnelles du sujet et les « occupations » sociales dont il doit s’acquitter (Clot, 1999/2000, p. 65). Ainsi, nous contraignant à agir pour faire quelque chose avec d’autres et pour d’autres, c’est de nous-même, que le travail nous allégerait parfois.

Activité contrainte, sociale, organisée, le travail requiert, pour celui qui le réalise, un effort, c’est certain. L’activité déployée peut même, dans la plupart des situations, ne pas être liée à un intérêt strictement personnel. Réalisée conformément aux attendus, elle est alors rétribuée.

Moyen de vivre donc, le travail impose ses cadres, ses règles et ses manières d’agir conformément aux prescriptions et au genre en vigueur dans le milieu. Ainsi réglé, il engage chacun et tous, impose et contraint, et ce faisant, il offre un espace, le temps duquel, les modes de fonctionnements personnels, pulsionnels peuvent être tenus à l’écart pour réaliser conjointement une œuvre commune.

Cette fonction de mise à distance de soi est toujours un délicat ajustement. Trop de distance imposée et le risque est grand de s’y perdre, trop peu de distance et chacun peut être rattrapé par les fantômes de son histoire. En somme, lorsque le travail et ses conditions sont raisonnables, que sa perte possible ne se rappelle pas trop crûment, le travail peut être ère de repos, espace transitionnel (Winnicott, 1971/2002). C’est à ces conditions qu’il peut être reposant de travailler, d’oublier soucis et contrariétés, de tenir à distance chagrins et passions, et de contenir névroses et obsessions ordinaires.

——————————–

Vous devez être inscrit pour lire la suite cet article !

Cliquez ici pour vous créer un compte gratuitement sur Jobsféric.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here