Ressources humaines

«Transrobotisme» : l’avènement de l’homme nouveau

Par André Perret et François Geuze.
André Perret (droite) et François Geuze (gauche)
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Il y a de cela quelques semaines, Laurent ALEXANDRE, l’une des figures francaises du mouvement « transhumaniste » détaillait dans un article (ici) nombre d’idées, plus ou moins intéressantes ou réalistes. Le transhumanisme, l’Homme augmenté, revisité par la technologie… Même si l’on peut avancer que l’Homme augmenté commence dès qu’il met ses chaussures ou porte une paire de lunettes, quelles peuvent bien être les raisons poussant certains dans cette voie, cherchant à contrecarrer ou accélérer (c’est selon) l’état de nature ? et parfois d’affirmer, à la limite de l’eugénisme, qu’en dessous d’un QI de 150 nous ne servirions plus à rien. D’un autre coté, nous cherchons à rendre plus humains les machines …

 

 


The robots of down

 

 


L’intelligence artificielle est sans conteste l’un des buzz-word de cette année. L’on peut essayer de définir l’IA par ses finalités et/ou par ses composantes. Lorsque l’on regarde les différentes branches de l’IA, l’on comprend que parler d’intelligence artificielle est un raccourci, le terme IA étant un arbre qui masque la foret de la diversité des technologies et donc des possibilités réelles d’application. L’approche par les composantes nous permet notamment d’identifier au sein de l’IA les branches suivantes :

• L’apprentissage avec le Machine Learning et ses technologies et algorithmes permettant un apprentissage supervisé ou non supervisé ainsi que le deep learning ;
• La maitrise du langage, qui permet la génération de texte, la traduction automatique, l’extraction d’informations dans un contexte donné, la classification d’informations et l’enrichissement de l’information par la génération de questions ;
• Les systèmes experts, dont l’objet est de reproduire les mécanismes cognitifs d’un expert sur un sujet donné ;
• Les systèmes de planification et d’optimisation ;
• Les systèmes vocaux avec les techniques de reconnaissance vocale et de TTS (text to speech) ;
• Les systèmes permettant la visualisation et ses techniques de reconnaissance d’image notamment ou de visualisation des espaces, qui permettent des techniques de réalité augmenté, et enfin
• La robotique, qui permettra de regrouper tout ou partie de ces techniques et technologies avec une approche plus ou moins développée du concept de mobilité physique.

L’on comprends alors le fait que les études d’impact de l’IA sur l’emploi ont des résultats divers et variés (entre 7 et 50 % des emplois impactés en fonction des sources). Même si à ce jour les impacts et conséquences constatées sont moins que marginales, il serait particulièrement préjudiciable de ne pas envisager les changements et les transformations prévisibles de l’emploi et du monde du travail. La compréhension des mécanismes présents derrière ces algorithmes devenant alors pour les professionnels RH particulièrement utile à l’anticipation et la gestion du changement.

Nombre d’articles et de recherches s’y attellent dès à présent, mais quoiqu’il en soit, nous sommes en train d’assister au développement d’un réel «Transrobotisme» la machine augmentée par des capacités humaines (y compris par des composants biologiques). Nous devrions alors nous interroger sur la convergence entre le « trans-humanisme » et le «transrobotisme». Ces logiques ne seraient que les deux faces d’une même pièce, qui s’alimentent l’une l’autre et qui en définitive visent à créer un homme nouveau. Si l’on continue le raisonnement, il devient essentiel de se poser la question sur les motivations qui nous conduisent dans cette voie. S’agit-il de raisons économiques ? De la volonté que de réduire la part de la valeur travail dans la production ? Ou de quelque chose de plus profond ?

 


The naked sun

 

 

D’abord «Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme.» Genèse 1-27 Si l’on évite d’ironiser sur le fait que Dieu est androgyne, la première réflexion est la suivante : l’homme se prend pour Dieu dans l’œuvre créatrice, et à ce titre en créant le robot, il le fait à son image. Mais ce n’est pas tout, en créant le robot il se doit de l’humaniser, sinon à quoi bon. Le robot doit remplacer l’homme dans ses tâches routinières et pénibles, et s’il doit se confronter à des occupations qui étaient celles de l’homme avant, il doit forcément lui ressembler le plus possible, sinon cela voudrait dire que l’homme était une machine…avant. En clair, l’homme ne peut imaginer qu’il puisse confier à une “machine stupide et qui ne lui ressemble pas, ses tâches que parfois il trouvait compliquées. En revanche l’homme est libre, sauf un interdit : l’arbre de la connaissance…Au paradis terrestre, le fruit de l’arbre de la connaissance (la pomme ?) était interdit par Dieu. La connaissance était divine, pas humaine. La tentation a été la plus forte. L’homme et la femme durent alors subir le châtiment et accoucher dans la douleur et travailler à la sueur de son front…N’est-ce pas ce que le deep learning promet au robot : l’accès à la connaissance. L’homme pourrait envisager que le robot le trahisse un jour ?

Ensuite, si l’homme est dieu, il est tout puissant et il domine le monde. Les animaux sont à sa disposition (chasse, élevage, aide au travail…), d’autres hommes l’étaient aussi, avant : les esclaves. Or, qu’est-ce qu’un robot, si ce n’est un esclave ? Mais pour en être certain encore faut-il qu’il lui ressemble. Sinon, ce ne sera jamais qu’une machine. On ne possède aucune satisfaction de domination sur une machine ! La civilisation apporte la fin de l’esclavage, dominer un robot est quand même moins culpabilisant.

Continuons : il y a un petit côté Dorian Gray dans cette volonté d’humanisation. Le robot me renvoie ma propre image, et pour ça plus il sera ressemblant et plus je pourrai m’y mirer.

Un chercheur japonais qui a créé un robot à son image est en train de devenir fou en constatant que le robot ne vieillit pas, lui si ! Gageons qu’il finira par le détruire…

L’humanisation ne concerne pas que l’apparence physique, important s’il en est, pour les sexe-robots, mais aussi les expressions, les mimiques, la répartie, l’esprit d’à propos, la culture, la discrétion, la docilité, l’obéissance, et pourquoi pas l’empathie et l’amour.

Le titre de l’ouvrage du Docteur Serge Tisseron «Le jour où mon robot m’aimera» est significatif. Il laisse entendre une fin du monde ou au moins une fin de l’humanité, ce jour-là. Et pourtant il admet bien volontiers que le risque s’il doit y en avoir un n’est pas là. Mais en retournant la phrase en ce sens : le jour où j’aimerai mon robot ? Là sera peut-être le début de la fin. Déjà quelques cas « japonais » pour la plupart, mentionnent des « mariages » entre humain et robote… (jamais l’inverse à ma connaissance)

D’où cette hypothèse : et si l’homme humanisait le robot pour pouvoir l’aimer. Ce robot proche de la perfection contrairement aux congénères humains. Avec le robot je ne serai pas déçu. déjà Et si en devenant de plus en plus proche de lui, je m’éloignais des hommes ?

Dès lors si les humains sont inconséquents, peu adaptables et que parallèlement le robot devient intelligent en apparence, c’est-à-dire qu’il m’aime, quel besoin de garder les humains ? Peu importe le niveau du QI qui servira de mesure ultime, il sera toujours possible de trouver l’excuse valable (âge, sexe, apparence physique-pas assez humain-, intelligence, utilité…) pour envoyer vers la destruction une partie de l’humanité…

 


André PERRET et François GEUZE

 

 


Un peu de lecture

Bien loin de Terminator et de SkyNet, il est parfois plaisant de lire ou relire certains ouvrages d’anticipation et notamment ceux d’Issac ASIMOV tels que :

• The caves of steel (les cavernes d’acier), Isaac ASIMOV, 1954
• The naked sun (face aux feux du soleil), Isaac ASIMOV, 1957
• The Robots of Down (les robots de l’aube), Isaac ASIMOV, 1983

Au regard des évolutions actuelles, ces trois romans sont sans doute parmi les plus intéressants.

 

 

François GEUZE et André PERRET co-animeront le prochain Tribunal des Flagrants Délires RH sur le thème de l'IA et de la Robotisation le 15/11. Sur le banc des accusés, le fameux Al Gorytm et la bande dite des Robots.

 

 

François Geuze Fort d'une expérience de 20 ans dans des postes tels que DRH, de la Stratégie ou des SI, François Geuze possède une expertise reconnue tant dans le domaine des stratégies RH et des SIRH. Auditeur Social pour le compte de e-Consulting RH, il préside également le comité scientifique du HRFiabLab Europe et enseigne au sein de différents Masters RH tels que ceux des IAE de Lille, Montpelier et Paris XII. Créateur de www.e-rh.org

 

André Perret, ex DRH, vice Président Groupe Dever, vice Président ANDRH Alésia-Nation, spécialiste formation management encadrants proximité, enseignant licence et Master RH, auteur d'ouvrages RH chez Dunod et Studyrama, créateur du blog @passionsRH

 

 

 

 

Ecrit par André Perret et François Geuze le 22/08/2017
Mots-clefs : Transrobotisme, intelligence artificielle
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