A quoi pourrait ressembler physiquement l’entreprise de demain ? Si le nombre de free-lances augmente, aucun expert de la question n’imagine la disparition du salariat. Et si l’idée du télétravail est en vogue, il ne pourra pas remplacer la présence dans les locaux à 100 %. Ceux-ci en revanche, vont devoir s’adapter aux nouveaux besoins stratégiques de l’entreprise, aussi bien d’un point de vue financier que pour assurer le bien être des salariés, devenu une priorité. Pour réduire les coûts d’une part, les espaces de travail vont de plus en plus être réduits au minimum et rentabilisé au maximum. « La flexibilité va se développer dans les locaux-mêmes des entreprises car ce qui est figé est une contrainte économique », affirme Eric Violle, président de MTOP – UNIK, spécialiste de l’aménagement d’espace notamment pour les entreprises. Ainsi, au lieu d’avoir une salle dédiée à chaque usage, les espaces seront de plus en plus pensés pour être transformables et multi-fonction. Des entreprises se spécialisent déjà dans ce type d’aménagement à l’instar de la start-up Eneixia, qui propose des cubes modulaires pour réorganiser chaque espace selon nécessité. Modifiable à merci, les différentes salles de l’entreprise peuvent, grâce à ce mobilier, faire office de bureaux, de lieu de réunion ou de rendez-vous de façon évolutive.

Associer les salariés à l’organisation des espaces

Mais puisque l’humain devient de plus en plus central dans les objectifs des entreprises, pas question de réduire le lieu de travail à un espace sans intérêt. Rendre ses locaux agréables devient un impératif pour les entreprises afin d’attirer de nouveaux collaborateurs, mais aussi de retenir et de stimuler ses salariés. Pour illustration, Eneixia montre aux salariés comment utiliser ses cubes modulaires pour qu’ils s’impliquent et travaillent aux-mêmes à l’organisation de l’espace – et donc aux objectifs de l’entreprise. « Cela facilite leur appropriation », confirme Fabien Boutard, associé cofondateur de la start-up. En conséquence, leur bien-être ne pourra être qu’amélioré puisqu’ils seront l’un des moteurs de décision de l’aménagement de l’espace.
En tout cas, si leur avis n’est pas pris en compte, leur bien-être le sera, lui, de plus en plus aussi bien pour leur plaisir que pour des questions de performance. « Le mobilier devient qualitatif, confirme Eric Violle. Il va être de plus en plus conçu pour être ergonomiques ou pour donner une sensation de confort aux collaborateurs, les moquettes vont être pensées pour prendre en compte l’acoustique, des absorbeurs de bruits vont être suspendus au plafond pour faciliter la concentration, un éclairage indirect pourra être installé pour une lumière moins agressive. » Certains espaces vont aussi être transformés à travers les matériaux et les couleurs. Il pourra s’agir de répondre au cahier des charges de l’entreprise et de donner un look corporate aux locaux mais aussi de répondre à l’usage attribué au lieu, s’il n’est pas multifonctionnel. Il s’agira de créer un environnement calme pour les salles de sieste bien sûr, mais les lieux jouant le rôle d’espace de laboratoires seront plus disruptifs dans leur installation pour favoriser la créativité. « On crée déjà des espaces où les salariés peuvent écrire n’importe où, sur le mur, sur des vitres en plexiglas par exemple, où il est possible de travailler assis ou debout, dans n’importe quelle position, un peu comme dans un salon chez soi ! » Mais à la différence de la maison, où les distractions sont multiples, l’entreprise de demain cherchera à favoriser les performances des salariés.

L’attraction des tiers lieux

Cette problématique explique aussi le développement d’un nouveau type d’espace de travail : les tiers-lieux, soit des locaux en dehors des bureaux des sociétés elles-mêmes, comme les espaces de coworking. Alors que les grèves ont favorisé le recours au télétravail, les tiers-lieux ont permis d’offrir une alternative à proximité des lieux d’habitation des collaborateurs. Résultat : les temps de transports sont réduits, ce qui a un impact sur la pollution mais aussi sur l’équilibre vie privée, vie personnelle est aussi plus respectée. Ces tiers-lieux présentent donc comme autre atout de proposer aux salariés un cadre plus professionnel que la maison. « Travailler chez soi n’est pas forcément l’idéal, il y a des bruits potentiels…, remarque Eric Joubert, le cofondateur de la start-up Station W, lancée en juin 2017. Ce que nous proposons, ce sont des espaces à proximité des salariés mais qui leur permettent malgré tout de sortir de chez eux et de travailler dans un environnement stimulant. » Pour ce faire, la Station W investit des lieux fermés en journée tels que les restaurants et les bars et les transforme en espace de travail qui attirent des indépendants et des start-up mais aussi des salariés.

Néanmoins, si cette flexibilité satisfera les objectifs des entreprises, elle entraînera de fait un changement des méthodes de travail. Par exemple, le manager, qui travaillait avant dans son bureau personnel mais à proximité de ses collaborateurs, se retrouve aujourd’hui soit immergé au sein de son équipe dans un open space, soit à encadrer un personnel en dehors des murs de l’entreprise. La redéfinition des espaces de travail entraînera aussi à son tour, une évolution des modes de travail.

Chloé Goudenhooft

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