Lors de votre intervention au colloque « Entreprise : comment réussir le dialogue social en France » organisé par la Fondation Jean-Jaurès en avril dernier à la Bourse du travail, vous avez affirmé que le syndicalisme pouvait faire barrage aux dérives populistes.
Pouvez-vous nous expliquer pourquoi l’UNSA s’empare-t-elle du sujet?

Les montées populistes touchent l’Europe et le monde entier. L’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République s’est faite dans un contexte particulier. La montée de l’extrême droite et la peur de voir arriver Marine Le Pen au second tour des élections a permis un report des voix vers l’actuel président. Les mouvements contestataires n’ont cependant pas disparu et l’actualité nous le prouve. Ils sont profonds et traversent tout le pays car les citoyens ne se sentent pas totalement représentés par la majorité parlementaire. Au niveau syndical, on s’est emparé de cette question car le parti FN remet en cause le cadre démocratique républicain auquel l’UNSA est très attaché. C’est pour cela que nous avons donné, exceptionnellement, des consignes de vote pour lui faire barrage bien que nous ne soyons support d’aucun parti politique. Nous menons un combat démocratique vis-à-vis les salariés, qui pourraient être attirés par les sirènes de l’extrême droite, pour leur ouvrir les yeux sur les véritables enjeux démocratiques. Les citoyens sont à l’heure actuelle bousculés et en perte de repères dans les sociétés modernisées qui se transforment rapidement. Ils réagissent par un repli sur eux-mêmes et le terrain est favorable au développement de mouvements xénophobes ou anti-européens. Les courants populistes sont eurosceptiques car ils pensent que l’UE aggrave leurs difficultés. Or nous sommes pro-européens mais pour une Europe sociale. Les institutions européennes doivent évoluer et nous sommes dépositaires d’une certaine responsabilité pour qu’il y ait d’autres alternatives aux politiques néolibérales. Il existe une confédération européenne des syndicats dont l’UNSA est membre. Face aux problématiques induites par la globalisation de l’économie, l’UE constitue un échelon de réponse qui doit impérativement intégrer les défis sociaux et environnementaux. Le combat est difficile mais un éclatement de l’UE engendrerait une situation bien pire pour les salariés.

Que proposez-vous, notamment en matière de lutte contre le chômage et la marginalisation des personnes en situation précaire?

Il faut mettre en place des politiques volontaristes et plus inclusives. Nous vivons à l’heure actuelle une période de reprise économique et on peut espérer qu’elle ait des répercussions favorables sur l’emploi. Nous sommes en pleines discussions avec le gouvernement et le patronat. Le gouvernement veut réduire le nombre d’emplois aidés. Or, les personnes qui profitent de ce type d’emplois sont celles qui sont le plus fragiles. Les poches de chômage les plus importantes sont celles de longue durée et les contrats aidés facilitent la réinsertion sociale. Il faut au contraire mieux les utiliser avec une formation qualifiante à la clé. Les personnes au chômage depuis une période longue sont désocialisées et souvent moralement abîmées. Nous avons un vrai désaccord avec le gouvernement qui ne met pas assez en place de politiques plus intégratives.

Comment voyez-vous l’adaptabilité des salariés dans un contexte d’évolution du monde du travail et des nouvelles formes d’emploi ?

Le monde du travail est en pleine évolution et on voit à la fois une modification de son contenu et l’évolution des métiers et des besoins notamment en matière d’autonomie. L’économie du service à la personne se développe.
La nouveauté de ce XXIe siècle c’est la rapidité avec laquelle disparaissent certaines tâches ou apparaissent de nouveaux métiers. Afin de s’adapter à l’évolution des emplois induite par l’accélération des nouvelles technologies, nous sommes en faveur d’une portabilité des droits pour permettre aux salariés de s’adapter à ce marché évolutif. La question clé est celle de la sécurisation des parcours professionnels et la meilleure façon d’y répondre c’est la formation. Des possibilités d’adaptation et de flexibilité doivent être proposées aux salariés afin de faciliter le passage d’un métier à un autre ou d’une entreprise à l’autre. C’est toute la bataille qu’on a menée autour du CPA pour obtenir un certain nombre de droits sociaux qui sécurisent les personnes. Le gouvernement ne nous a suivis que partiellement et a reculé sur les questions de la pénibilité au travail. Tous les salariés n’ont pas les mêmes conditions de travail et certains sont plus exposés que d’autres avec des impacts sur leur santé et même sur leur durée de vie.

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